Dead Drops ou le partage numérique territorialisé

Dead Drops ou le partage numérique territorialisé

Méthode utilisée par les espions de tous bords pour partager secrets, courriers et renseignements, le dead drop consiste à échanger des informations sans que les différentes parties ne se rencontrent. Appliquée à grande échelle sur le net, cela à donner naissance au peer-to-peer caractérisé par les différents ingrédients qui font sa force : confidentialité des utilisateurs, gratuité par contournement des copyrights, collaboration comme condition sine qua non du réseau. Ainsi, le territoire physique, support des échanges d’origine a été supplanté par l’univers virtuel du web. Mais une poignée d’artistes et d’activistes travaillent à redonner leur place aux points d’échange par la mise en place de nouveaux Dead Drops, bien éloignés de leurs cousins de la CIA et du KGB.

C’est lors de la préparation de mon voyage new-yorkais en novembre 2010 que j’ai découvert le travail de l’artiste multimédia basé à Berlin, Aram Bartholl, initiateur du projet “Dead Drops” créé durant sa résidence au EYEBEAM de New York en octobre 2010. Des photos d’une clé USB scellée dans un mur avait attiré mon attention et aiguisé ma curiosité. Le principe repose donc sur le partage de fichiers de pair à pair au sein de l’espace urbain. L’artiste appelle ainsi les personnes intéressées à participer à l’expérience en échangeant leurs photos, morceaux de musiques, textes, peut importe pourvu qu’ils soient au format numérique.

dead drop 2

Il propose également de développer le réseau en respectant un cahier des charges que l’on peut retrouver sur son Site Internet et dont je publie un extrait ici :

« Comment installer un Dead Drop
Lisez le manifeste Dead Drops !
Munissez-vous d’une clé USB de n’importe quelle capacité.
Si possible, désassemblez la capsule plastique pour ne conserver que les parties métalliques et les circuits (pour obtenir une clé la plus fine possible)
Enveloppez-la alors d’un ruban Teflon pour l’étanchéiffier
Téléchargez les fichiers readme.txt et manifesto, créditez l’auteur de l’installation, indiquez la date, et copiez le tout sur la clé.
Utilisez un mortier à prise rapide pour cimenter la clé dans un trou ou une fissure de mur.
Assurez-vous de rendre le mur aussi propre que possible après installation. Si besoin, retouchez le mur avec de la couleur.
Assurez-vous de placer la clé de telle manière qu’elle puisse être accessible directement avec un portable (on n’a pas tous une rallonge USB).
Assurez-vous d’installer la clé dans le bon sens, avec les trous vers le haut, et la patte plastique vers le bas (voir photo).
Optionnel : vous pouvez également utiliser du mastic epoxy pour fixer la clé sur d’autres surfaces.
Prenez 3 bonnes photos !
– une vue d’ensemble du lieu de l’installation. Comment est votre ville ?
– une vue plus serrée, indiquant approximativement le lieu de l’installation. Distance moyenne.
– un gros plan. Nous voulons voir à quoi ressemble votre Dead Drop ! »

Alors, prêt à installer votre propre dead drop ? Ou bien préférez-vous peut-être partir à la découverte du point d’échange le plus proche de chez vous ?
Dans ce cas, voici la carte des 301 clés USB cimentées recensées dans le monde. Bonne chasse aux fichiers !


3 Commentaires


  1. Très bon article, bien documenté!
    Tu sais qui est à l’origine de la clef à paris ?
    Je ne savais pas qu’il y en avait autant dans le monde, 301 ?!?
    Je trouve cela top comme concpet… enfin s’il n’y a pas de dérives… 🙂
    Bonne soirée !

    • Merci pour ce commentaire. Malheureusement, je ne sais pas qui est à l’origine du déploiement à Paris. Peut-être que Mathieu d’Urbain trop urbain à la réponse, il connait le projet sur Toulouse. A bientôt.