Semaine Urbaine #1 - Pascal Hausermann par Hélène Hoffert

Semaine Urbaine #1 – Pascal Hausermann par Hélène Hoffert

L’Architecte…

Pascal Hausermann, architecte suisse de la seconde moitié du XXème siècle, demeure encore peu connu à l’heure actuelle et ce, malgré une œuvre architecturale poussant loin les questions d’industrialisation, de ville, d’économie et une œuvre urbaine d’avant-garde riche. Entre 1959 et 1973, Pascal Hausermann construit pour des particuliers, de nombreuses habitations-bulles en France et en Suisse. En béton projeté sur une armature métallique ou en plastique, ses bulles sont des réalisations concrètes d’une architecture des années 60, souvent restée au stade d’utopies sur papier.

Né dans le Jura suisse, ses parents émigrent à ses trois ans pour Genève. Il suit l’école primaire et secondaire ainsi que ses études d’architecture à Genève. Il part ensuite à Londres pour suivre une école d’ingénieur. Musicien, pilote d’avion et architecte, Pascal Hausermann a comme but professionnel et personnel, d’être heureux, de pousser ses rêves jusqu’à leurs aboutissements et de garder une fraîcheur, une distance par rapport au monde actuel afin de pouvoir remettre en cause les schémas classiques et traditionnels de la ville et de l’architecture tels que nous les faisons depuis des décennies.

En 1959, soit trois ans avant la fin de ses études, il met en pratique pour la première fois ses connaissances acquises à l’Ecole d’Architecture de l’Université de Genève et propose à son père une maison à Grilly (Ain) de 70 m² pour 5 000 FF en voile de béton projeté sur armatures sans coffrage. Il a tout juste 21 ans. Sa première commande, en 1960, consiste en deux pavillons à Pougny (Ain) réalisés dans la même technique. Cette commande lance la technique du voile de béton et sa carrière, les commandes affluent mais les autorisations de construire tardent à être délivrées.

Homme défenseur de la liberté individuelle, architecte prônant l’autoconstruction comme mode d’émancipation et d’épanouissement, citoyen engagé dans les luttes sociales des années 60, Pascal Hausermann défend la création formelle en architecture et l’industrialisation de l’habitat comme solution au logement du plus grand nombre. Véritable humaniste, en tant qu’architecte, il veut résoudre les problèmes de la société de son temps en inventant de nouvelles solutions.

Pascal Hausermann ne veut pas être qualifié d’architecte futuriste mais d’architecte de son temps. Exploitant les nouvelles techniques de construction (voile de béton projeté, plastique moulé), Pascal Hausermann veut construire pour tous et en répondant aux nouvelles attentes de la société en mutation en termes de loisirs, de logements, de déplacements et de vie communautaire.

En 1966, Pascal Hausermann adhère au GIAP (Groupe International d’Architecture Prospective, fondé en 1965 à Paris par Ragon, Friedman, Jonas, Maymont, Patrix, Schein, Schöffer). Parfaitement dans son époque, Hausermann s’inscrit dans le courant de cet urbanisme prospectif par ses recherches en termes d’industrialisation de l’habitat et de villes évolutives.

Ses travaux d’autoconstruction en béton projeté sur une ossature métallique le font également adhérer à un autre courant parallèle à la mouvance du GIAP, un courant plus expressionniste dont Bloc, Niemeyer, Couëlle, Bruyère, Balladur ou Lovag sont les représentants. Ses coquillages, œufs, soucoupes, yeux, bulles qu’il imagine dès 1959, sont les témoins d’un retour à une « nouvelle naturalité » comme l’appelle Couëlle ou à un « nouveau baroquisme » selon les termes de Ragon.

…vu par une autre Architecte, Hélène Hoffert

Les articles de cette semaine urbaine présenteront succinctement un seul projet de Pascal Hausermann, le plus ambitieux et le plus important de sa carrière. Ce projet est la concrétisation de ses recherches et de ses théories. Ultime projet de l’architecte avant son exil en Inde, il est autant exemplaire pour l’histoire de l’architecture qu’il est décevant dans la carrière de l’architecte. Seul exemple réalisé d’un urbanisme d’avant-garde mais projet inachevé et très vite détruit en partie, il a connu un destin complexe que ces articles tentent d’éclairer.

DOUVAINE

L’association « Habitat Evolutif » fondée en 1971 à Douvaine en Haute-Savoie par Pascal Hausermann, Jean-Louis Chanéac et Antti Lovag est le point de départ d’une aventure architecturale hors du commun. Le maire de Douvaine en poste à cette époque, intéressé par l’architecture prospective, propose aux architectes de l’association un terrain libre de toute contrainte administrative, afin qu’ils puissent expérimenter leurs théories urbaines. Le chantier commence en 1972 et s’interrompt violemment en 1977 aux nouvelles élections municipales. Le Maire visionnaire est débouté et Pascal Hausermann, obligé d’arrêter le chantier puis de voir détruire son travail.

La carrière d’architecte de Pascal Hausermann en France et en Suisse s’étend entre 1960 et 1980. Bien que courte, elle fut productive et représentative de son époque. La période d’après-guerre vit apparaître de nombreux changements sociaux, politiques et économiques qu’Hausermann ne cessera de prendre en compte dans sa production architecturale en cherchant sans relâche des solutions pour la population de son époque et leurs besoins en mutation. L’Homme de ce nouveau type de société traversant les Trente Glorieuses est consommateur de tout. Les activités culturelles, la création, en l’occurrence architecturale, s’inscrivent dans cette vitalité omnivore. La démographie sera une des motivations récurrentes exprimées par les nouvelles propositions architecturales et urbanistiques de cette époque.

L’industrie orientée vers la production de guerre doit être réorganisée, réorientée et modernisée. En France, l’Etat intervient fortement, nationalise les entreprises stratégiques pour le développement et son dirigisme ainsi que l’appel à la main d’œuvre étrangère permet à l’industrie de se redresser. Avant-guerre l’habitat traditionnel était étroit, sombre et surpeuplé. La guerre finie, les villes sont dévastées, les logements déjà vétustes et insalubres, menacent maintenant ruine. La reconstruction permet de proposer un confort nouveau. Les logements deviennent plus vastes, plus confortables et plus lumineux, chaque génération a son logement, chaque membre sa chambre.

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Le logement passe également de la fonction unique et première d’abri à celle polymorphe et multifonctionnel de machine à vivre proposant par les équipements de loisirs et d’entretien un logement « outils » aidant les habitants dans leurs taches quotidienne et proposant grâce à la télévision, à la radio une source de loisirs et de détente. L’autre découverte importante est l’allongement de la durée de vacances qui permet aux français de partir en vacances plus loin. L’Homme des Trente Glorieuses prend soin de lui, de sa santé, de sa famille. Il devient individualiste, consommateur et hédoniste.

Contexte architectural : la reconstruction face à l’avant-garde

Bien qu’ils échappent à une définition unique, les grands ensembles sont typiquement des ensembles de logement collectif, souvent en nombre important (plusieurs centaines à plusieurs milliers de logements), construits entre le milieu des années 1950 et le milieu des années 1970, marqués par un urbanisme de barres et de tours inspiré des préceptes de l’architecture moderne. Ces grands ensembles, dont plusieurs centaines ont été construits en France, ont permis un large accès au confort moderne (eau courante chaude et froide, chauffage central, équipements sanitaires, ascenseur…) pour les ouvriers des banlieues ouvrières, les habitants des habitats insalubres, les rapatriés d’Algérie et la main-d’œuvre des grandes industries.

Hausermann achevant ses études en 1962 se sent concerné par le problème du relogement de la population mais refuse très tôt le logement collectif bien qu’il ait suivit les enseignements du directeur de l’Ecole d’Architecture de l’Université de Genève de l’époque, Eugène Beaudoin. Depuis 1960 on assiste en Europe occidentale et aux USA à la remise en question de l’urbanisme fonctionnaliste et à l’émergence d’une architecture faite de jeux de volumes où la matière se prête à des formes sculpturales.

André Bloc dans « L’Architecture d’Aujourd’hui » de 1964 déclare qu’ «il reste des routes ouvertes pour demain pour le monde en gestation pour lequel il nous faudra de nouveaux pilotes » et qu’ «une œuvre architecturale est faite de rapports de volumes, de plans, de couleurs, d’équilibres, de rythmes ». Cette mise en touche de l’austérité de Mies van der Rohe est symptomatique des nouvelles orientations que certains veulent voir prendre à l’architecture contemporaine. Michel Ragon parle alors de « nouveau baroquisme » ajoutant l’importance de l’apport de Niemeyer et de son œuvre brésilienne dans cette nouvelle liberté formelle.

Cet intérêt pour la valeur plastique de l’architecture voit naître des tentatives de rapprochement entre les divers modes d’expressions artistiques (architecture, peinture, sculpture) et des manifestations pour une synthèse des arts menées par André Bloc. Pour constituer un lien international entre les chercheurs et pour montrer qu’un courant prospectif se dessine, Michel Ragon avec Friedman, Jonas, Maymont, Patrix, Schein, Schöffer forme en 1965 à Paris, le GIAP (groupe international d’architecture prospective).

En 1966, Pascal Hausermann adhère au GIAP. Jonas créé en 1958 des villes cratères (intrapolis), Schöffer des villes cybernétiques, Chanéac des cellules juxtaposables, (ill. 27) des villes cratères et des villes flottantes, Biro et Fernier une ville en X en 1962, Guy Rottier une cité de vacances sur fil, une maison enterrée, etc

Contexte local

Le Maire de Douvaine entre 1971 et 1977 est M. Miguet. Cet homme de science, cultivé et curieux, véritable mécène, entendit parler pour la première fois de Hausermann par son réseau de connaissances et grâce à l’article paru dans l’Œil de 1966 et c’est lui-même qui prit contact avec l’architecte par une lettre, datée du 29 mai 1971, dans laquelle il affirme son intérêt pour la promotion de l’habitat individuel industrialisé et souhaite palier au manque de logements de sa commune.

La municipalité de Douvaine réalise en 1972 une étude des perspectives démographiques de la commune et la présente à Hausermann. Cette étude très complète analyse la situation de la commune entre les années 1962 et 1970 et se scinde en trois parties : Analyse des recensements ; Facteurs d’accélération de la croissance démographique et ; Besoins de logements, le tout visant à démontrer la nécessité de développer la commune pour permettre de répondre à l’accroissement démographique de l’époque et à l’installation de nouveaux habitants attirés par la proximité avec Genève.

Le projet d’une ville nouvelle par Pascal Hausermann s’appuie sur une critique sévère de l’existant qu’il considère comme le chaos. De nombreux illogismes, une absence de corrélation entre forme et utilisation et les choix arbitraires de l’administration rendent la ville illisible et anarchique. En 1945, un afflux de citadins nouveaux a fait éclater les villes et en sous estimant le nombre d’automobiles, les villes se sont peu à peu asphyxiées. L’habitat collectif de la reconstruction a, selon Hausermann, finit le travail en rendant la ville inhumaine, invivable et incapable de rendre ses habitants heureux.

Habiter aujourd’hui, la ville traditionnelle

Dans son ouvrage « Habiter », Pascal Hausermann énumère les éléments constitutifs de la ville et soulève leur dysfonctionnement ou incohérence. Le premier point problématique que Hausermann soulève est la technique constructive employée pour édifier nos logements.

« Si les techniques ont fait un pas de géant à l’échelon industriel […], le résultat construit est encore apparenté […] à l’aspect que nos ancêtres ont connus. » « Nous sentons que l’habitat d’aujourd’hui qui s’inspire encore de l’habitat d’hier, ne pourra plus être celui de demain. » « La forme la plus courante d’habitation individuelle est la maison en dur couverte d’un toit à deux ou quatre pans. Cette forme a été déterminée par l’utilisation la plus rationnelle de la pierre telle qu’on la trouve à l’état brut (cailloux de rivière, roches éclatées, etc) et du bois dans sa forme naturelle (troncs et branches). Traditionnel dans l’âme, l’Homme a alors copié la pierre et le bois avec des matériaux nouveaux qu’il a découvert afin de continuer à construire selon cette forme. »

Dans la forme des pièces de l’habitation traditionnelle, Hausermann voit également un manque d’adaptation au nouveau mode de vie. Toutes les pièces sont cubiques, pouvant recevoir n’importe quelle fonction par l’ajout de meubles rapportés. Or comme le précise Jean Fourastié « La maison traditionnelle était essentiellement un abri […]. Elle protégeait mais elle ne servait pas. La maison moderne, au contraire, n’est un abri que secondairement, mais elle a un rôle dynamique qui est de rendre des services à ses habitants : la maison devient une machine. »

Les circulations sur terre (route, rue, chemin), fer, air et eau bien qu’ayant énormément progressées et fournit des solutions de transport en commun techniquement évoluées ne résolvent pas le problème du transport urbain de masse. Les embouteillages, retards, paniques et mouvements de foule sont le lot courant des citadins de nos villes. La solution pour Hausermann réside dans la mise en place de transport urbain public continu tel que des trottoirs et escaliers roulants assurant une fluidité et une continuité dans les déplacements des citadins.

La voiture et sa propagation rapide et désordonnée constituent un second problème mal résolu. Mêler voiture et piéton avec les dangers, la pollution et le besoin de place (parking) que cela induit semble pour Hausermann une mauvaise solution. Il propose une circulation en couches : les piétons au sol et les voitures dans les airs. La circulation s’effectuera en couches séparées et superposées : des cheminements tridimensionnels mécaniques pour les piétons uniquement et des véhicules volants dans le ciel. La circulation aérienne sera répartie en couches en fonction des destinations et des usages.

« La technique et l’industrie nous permettent déjà de répondre aux nouveaux besoins de l’homme en matière d’habitation. Mais de son côté, ce dernier doit faire un effort psychologique pour oublier les formes d’antan, car les matériaux nouveaux, qui offrent, par ailleurs tant d’avantages, imposent des formes et des structures nouvelles qui ne sont pas désagréables mais auxquelles il faut s’adapter. »

Habiter demain, la ville évolutive

Les unités s’accrochant de manière aléatoire à la structure tridimensionnelle porteuse sont des Domobiles, ces bulles constituées à partir de coques assemblées formant logements ou équipements. Un catalogue illustrant toutes les pièces disponibles est édité pour le grand public, proposant de l’élément premier, la coque en polyester jusqu’aux circulations. Il propose des cellules prééquipées et des éléments de connexion. La ville du futur sera un agrégat de Domobiles. «Dans un premier temps, la nouvelle ville entourera l’ancienne ville. Les centres anciens seront donc appelés à mourir peu à peu.» Les zones de densité entraîneront l’élargissement des mailles. Logements, commerces et stockage sont industrialisées et glissés dans la structure tridimensionnelle. Les locaux de commerces et de travail seront accrochés au cœur de la ville où la lumière naturelle est moins présente tandis que les logements seront au sommet de la ville. Jadis stable et durable la ville sera perpétuellement en mouvement et privilégiera le développement personnel de ses habitants et de la « communauté intellectuelle urbaine ».

Les idées directrices en matière d’urbanisme tiennent compte d’une évolution démographique et urbaine qui doit amener avec elle l’avènement d’une nouvelle « communauté intellectuelle urbaine au sein de la société de loisirs post-industrielle ». Les pouvoirs publics et l’industrie du bâtiment trop réglementés entravent le processus d’évolution et de créativité. Leur puissance pourrait être amoindrie si une industrie à grand rendement lançait sur le marché une immense quantité de cellules habitables et bon marché. Cette « architecture pirate » comme la nomme Chanéac serait conforme au style de vie de la nouvelle communauté intellectuelle.

En ce qui concerne les agglomérations cellulaires, Pascal Hausermann veut garantir l’expansion individuelle en suggérant qu’avec l’achat d’une unité habitable, la « colonne d’air » qui lui correspond puisse être également acquise (jusqu’à une hauteur déterminée). Ainsi, on peut plus tard continuer une expansion en hauteur. En outre, des surfaces dites « imaginaires », encore inoccupées, devraient être mises en vente pour permettre au « propriétaire d’espace » de transformer ou d’agrandir son bien sans se heurter au voisin. Des rapports amicaux et une aide réciproque doivent favoriser la planification et la réalisation de ces projets imaginaires.

Dans les villes évolutives de Pascal Hausermann, l’Homme est épanoui et vit en contact avec la nature dans une société libérée des contraintes administratives et règlementaires et où le voisinage est la seule politique urbaine. L’habitant aura un autre statut. Libre, actif et responsable, son logement sera le reflet de son nouveau mode de vie et non de la soumission aux contraintes et réglementations imposées par l’administration. La nouvelle « société de l’Esprit » sera basée sur l’échange. La machine aidant l’Homme dans ses activités physiques puis l’évinçant, l’Homme se tournera vers des occupations intellectuelles et ses occupations seront de plus en plus orientées vers les loisirs et la liberté intérieure.

« Le seul moyen de d’arriver à un urbanisme véritablement réaliste, actif et cohérent est de rendre l’individu seul responsable de son environnement. L’habitant devrait être libre de choisir le lieu et la manière d’y habiter car actuellement ce sont les « non utilisateurs » qui décident ».

Après avoir retracé le parcours de Pascal Hausermann, le contexte historique de la construction de sa pensée et les concepts auxquels il croit, abordons le volet opérationnel d’un exemple emblématique de son oeuvre, le projet du centre urbain de Douvaine. Il débute dès les premiers mois du mandat de M. Miguet qui souhaite montrer par cette réalisation d’ampleur, son engagement pour la production d’avant-garde.

La ville décide de créer en mai 1971 une première zone de réserve foncière au nord de la ville, afin d’y construire un ensemble évolutif HLM conçu par Christian Hunziker, de l’habitat individuel issu du concours Chalandon, de l’habitat individuel industrialisé et des équipements publics. Trois mois plus tard, en août 1971, le conseil municipal constitue une seconde zone de réserve foncière au sud de la mairie. Elle est liée à de nombreux enjeux puisqu’elle permet de rénover, aérer et embellir le centre ville. En sauvegardant les bâtiments caractéristiques de l’architecture locale, en aménageant rigoureusement les circulations et des parkings, en rendant le centre aux piétons et en ajoutant des équipements, Douvaine se dotera d’un centre dynamique, vivant et dense. Ce nouveau centre ville s’adjoindra d’équipements scolaires, socioculturels, sportifs et commerciaux.

Pascal Hausermann est mandaté en avril 1972 pour élaborer le programme. Il présente le premier schéma d’organisation. Sur les conseils de M. Maissant, promoteur expert, le conseil municipal procède à la création d’une association nommée Association des Sociétés de Douvaine et présidée par le maire comportant une majorité de membres du conseil municipal ainsi que Commune Service et Office HLM pour une meilleure liaison entre les partenaires du projet et une facilité fiscale pour l’élaboration d’équipements communaux. Sur le plan financier, la part de l’effort financier communal ayant été largement atteint, la prise de risque importante (architecture expérimentale) et l’acquisition du domaine foncier nécessaire effectué, la société pourra au mieux catalyser une première étude à la SCET, l’aspect financier général devant être pris en charge dorénavant par l’Etat.

En mai de cette même année, Pascal Hausermann et Patrick Lemerdy présentent le programme du nouveau centre urbain. Avec une densité d’équipements, une animation importante pour une petite ville appelée à se développer rapidement, la densification se fera par superposition libre et évolutive. Située entre le centre et la zone d’équipements sportifs, on trouvera une place de cinquante mètres de diamètre et de 2 000m² de superficie, entourée d’arcades avec des commerces, protégée par une structure souple et amovible rétractable. Au sud de la place des marchés mènent à une placette surélevée qui dessert, à l’est un restaurant- brasserie, et à l’ouest une salle des fêtes. Derrière le restaurant, une piscine olympique parachève la liaison avec la zone des équipements sportifs grâce à une passerelle enjambant la rue. A l’ouest de la piscine, derrière la salle des fêtes, une place est réservée à l’école maternelle surélevée au niveau de la placette surplombant le sud de la grande place. Des liaisons piétonnes aériennes entre l’école, la piscine et la salle polyvalente sont prévues. Toute la surface au sol sera réservée au parking et aux commerces sous les arcades. Au sud de la bretelle, enjambée par une passerelle aérienne, un espace tampon est imaginé entre le centre d’animation journalière continue et les équipements sportifs. Accueillant des usages et des manifestations ponctuelles mixtes sur un terrain bordant le stade, cet espace tampon servira de lieu de détente, de sport et de plein air. On pourra y implanter un club avec des activités de type urbain telles que de l’équitation sur chemin, du ping-pong, du tennis, du repos, une buvette, etc. Ce lieu sera à planter d’arbres en attendant l’aménagement ultérieur et une étude plus poussée.

Pascal Hausermann présente également le programme de la salle polyvalente de cinquante mètres de diamètre soit 1960 m². Plusieurs types d’activité y sont envisagées: le sport avec un terrain mixte de 44×30 mètres, des vestiaires, des douches et des sanitaires ; les réunions avec des locaux de rangement pour les chaises et les tableaux ; la culture avec la possibilité de présenter du théâtre, du cinéma, des concerts, des expositions, (gradins, circulations techniques, éclairage, acoustique) ; la fête avec l’emplacement nécessaire pour organiser bals et foires (bar, cuisine champêtre en communication avec restaurant et place). La salle sera le premier élément à construire, l’Association de sociétés de Douvaine en permettra le financement. Le budget prévisionnel est fixé à 900 000 FF. Il sera débloqué dès réception du projet définitif comportant un devis descriptif estimatif à fournir en juin 1972, soit un mois plus tard. Le budget débloqué, le chantier pourra débuter à l’automne pour une ouverture prévue de la salle, à la fin du printemps 1973.

Le montage financier s’ébauche et des devis succincts s’établissent. Une prévision de rentabilité est dressée en tenant compte de la possibilité d’implanter un hôtel, des logements et des équipements privés, commerciaux et culturels. Des licences pour le restaurant à mettre en gérance par la commune et pour le club jouxtant le stade sont à prévoir et un hôtelier a déjà été trouvé pour gérer l’hôtel. Le financement de la piscine découverte chauffée utilisable en hiver, se fera par l’association finançant déjà la salle des fêtes. Les équipements commerciaux sont planifiés grâce aux conseils de M. Maissant.

Dernier épisode de notre dossier consacré à Pascal Hausermann et au projet urbain de Douvaine. Après les études, place à la réalisation ! A partir de l’été 1972 tout se débloque et le projet se concrétise. En juillet, le Conseil Municipal donne son accord sur les propositions de l’Assemblée Générale de l’Association des Sociétés concernant la construction de la salle polyvalente sur les terrains communaux au lieu-dit « Voinier » et le chantier démarre début 1973. Le planning de construction fixé prévoit : mars 1973 : rédaction du cahier des charges et signature des marchés ; avril : intervention de l’entreprise Zanni ; juin : mise en place de la charpente par l’entreprise Salino ; juin : couverture par l’entreprise Detraz ; août : second œuvre et finition ; septembre : fin du chantier. Le chantier est ouvert officiellement le 1er avril 1973 et les corps d’état se succèdent.

La frénésie

En mai 1974, le Conseil Municipal confie à Pascal Hausermann le soin de dresser le projet de l’auberge de campagne et en octobre de la même année, le Maire soumet à l’appréciation de l’Assemblée de l’Association l’avant-projet d’école maternelle dressé par Mme Claude Hausermann-Costy, suite à une collaboration menée avec l’inspectrice départementale des écoles maternelles pour l’élaboration du projet. Parallèlement, le projet d’ensemble et les objectifs s’affinent. Le centre commercial, culturel et sportif sera projeté en tenant compte de la prévision de croissance démographique devant atteindre en 1985 les 5 000 habitants. Cet accroissement démographique dû au phénomène frontalier et à la nouvelle fonderie demandant trois cent logements au printemps 1974 , conforte la volonté de la commune de suivre les souhaits du VIème plan appelant à plus de mobilité, à la transformabilité et à de nouvelles formes de loisirs et de culture.

Les solutions de financement du centre commercial sont définitivement retenues. Il s’agit de catalyser des financements privés en louant gratuitement ou généreusement les terrains communaux pour des implantations commerciales pures ou mixtes (piscine et restaurant pour la rentabiliser ; salle polyvalente et cinéma, etc). Ce système permettra de faire rentabiliser les crédits d’état par le secteur privé avec un raccord de participation de la commune sur les bénéfices.

Pour favoriser l’initiative privée, une proposition souple et adaptable est faite aux futurs participants. L’infrastructure de base avec aires de stationnement et circulations, comportant arrivée et évacuation de fluides, est complétée par des superstructures souples tels que des locaux commerciaux mobiles, des salles déformables et démontables. Tout cela étant proposé en amont via des maquettes destinées aux personnes intéressées.
Des subventions de la Direction départementale de l’agriculture sont débloquées. La salle des fêtes pourra être un foyer rural au sein d’une opération de groupe permettant une subvention de 25% pour l’Association. Le reste du coût pourra être obtenu sous forme d’un prêt contracté au Crédit agricole moyennant des intérêts de 7% en 20 ans. La place pourrait être quant à elle subventionnée à 10 ou 30% de son coût, le reste devant être emprunté au Crédit agricole à faibles intérêts sur 15-20 ans.

Fin 1974, la salle des fêtes achevée, les négociations commencent sur l’implantation de l’école maternelle à quatre classes de Claude Hauserman-Costy. Les premières voix s’élèvent parmi le conseil municipal contre l’architecture projetée. M. Lazzarini est contre la nomination de Mme Hausermann comme maître d’oeuvre de l’école et est hostile au parti retenu. M. Rossiaud y est également opposé, il juge le projet « trop onéreux, mal intégré et aux plans fantaisistes ». M. Miguet rappelle l’avis de l’inspection académique sur l’avant-projet de l’école maternelle : « la conception de cette école très originale est extrêmement intéressante en raison des principes directeurs qui ont conduit à son élaboration. De plus les perspectives d’évolution qu’offre ce projet sont fort séduisantes. »

En décembre 1974, les travaux de la place n’ont toujours pas commencés. M. le Maire précise que pour ne pas perdre le financement acquis du Conseil Général pour les travaux d’aménagement de la place publique projetée au sud de la Mairie, le Conseil Municipal doit faire connaître d’urgence son avis sur l’opportunité de réaliser cette place ainsi que les arcades commerciales, terrasse, mât et tente rétractable. M. le Maire donne ensuite lecture du rapport d’aménagement touristique des grands lacs établi par la DDE et qui retient Douvaine en N°1 pour la construction d’une piscine.

La discussion étant ouverte, M. Lazzarini intervient pour déclarer qu’il considère les différents équipements envisagés aux abords de la Mairie utiles mais beaucoup trop serrés et dont la conception architecturale n’est pas à sa convenance. M. Rossiaud fait part de son opposition aux deux projets tels qu’ils sont conçus. M. Gurliat estime que la place publique et la piscine doivent laisser la place à d’autres équipements à caractères sociaux ou utilitaires tels que le réseau routier, le groupe scolaire primaire, les trottoirs, l’éclairage public, le centre d’accueil des personnes âgées, la crèche, etc. Par ailleurs, il fait part du constat que les travaux effectués par M. Hausermann « se soldent par une pénible impression d’imprécision, d’à peu près, pour ne pas dire d’amateurisme ». M. Meyrier demande s’il n’est pas possible de remettre en cause le choix de M. Hausermann.

Dans sa réponse M. le Maire fait remarquer que l’originalité de l’architecture est un puissant facteur de publicité en faveur de Douvaine et qu’elle n’entraîne pas un coût de réalisation supérieur à celui des constructions traditionnelles, que la place publique démontre son utilité par des facilités offertes pour l’installation de petits et moyens commerces et sa rentabilité par l’apport de nouvelles patentes et des loyers des terrains concédés. Quant à Hausermann, il estime souhaitable de lui confier la réalisation de chaque équipement car ils constituent un tout difficilement dissociable en raison de leur conception architecturale. Vote à bulletin secret, la majorité est atteinte avec sept voix contre cinq (Lazzarini, Rossiaud, Gurliat, Chevalley, Meyrier). La proposition de M. le Maire est adoptée. La place publique circulaire de 2 000 m² sera entourée d’arcades permettant l’implantation très libre d’une cinquantaine de commerces, lieu de rassemblement privilégié pour les piétons, en plein air mais à l’abri des intempéries sous une tente rétractable arrimée à un mât sculptural de tension dominant la place à 30 mètres de haut.

Le terrain nécessaire à l’implantation de l’école maternelle est acquis en mars 1975 et en septembre, le projet d’exécution et de financement est approuvé et l’appel d’offres pour la construction d’une école maternelle de quatre classes est lancé. Début 1976, les deux premières tranches de la construction du centre commercial et de la place publique sont approuvées. L’école est en construction et sera à achever en juin 1977 pour être opérationnelle à la rentrée de la même année.

La fin

En mars 1977, l’équipe municipale change, M. Miguet est débouté. En mai 1977, le nouveau maire, M. Gurliat, indique que le conseil municipal va être appelé à se prononcer sur l’arrêt des travaux de la place publique. La construction du mât est stoppée, les tripodes déposés, la chaufferie centrale non réalisée… Suit alors une longue intervention du Dr Miguet en faveur de leur poursuite. Il propose un amendement visant au renvoi de la décision pour étude. L’amendement est refusé par vote à main levée. Sept conseillers décident de quitter la séance en manière de protestation contre l’insuffisance de l’examen de ces problèmes. Le nouveau maire M. Gurliat demande au Conseil la possibilité de poursuivre ces conversations avec l’architecte en vue de l’arrêt des travaux tels que conçus dans le plan original et l’étude d’une nouvelle orientation mieux appropriée aux besoins sociaux et économiques et aux possibilités financières de la commune. Vote favorable à l’unanimité. M. Gurliat souhaite également remplacer la chaufferie centrale de la base du mât, trop coûteuse, par une chaufferie indépendante pour desservir l’école maternelle.

Le projet de chaufferie indépendante pour l’école maternelle est adopté en juin 1977, les entreprises de maçonnerie et d’étanchéité ont cessé toute activité. Le conseil municipal contracte un nouvel emprunt pour financer la suite de la construction. Le chantier de l’école prend du retard et l’ouverture de l’école pour la rentrée 1977 ne pourra pas se faire. En août 1977, le marché de travaux conclu avec la Société Nouvelle de Construction pour l’école et la place est résilié, les travaux de maçonnerie restants sont confiés à une autre entreprise. Le maire informe le Conseil de l’intention manifestée par l’Association des Sociétés de Douvaine de faire appel à un avocat pour intenter une action en justice en vue de régler le problème d’étanchéité de la couverture de la salle polyvalente.

Début 1978, M. Hausermann se désintéresse de l’affaire suite à l’arrêt des travaux. La Société Nouvelle de Construction a été mise en liquidation judiciaire de biens. La démolition de l’embryon de tour coûte 18 000 FF alors que l’aménagement de la partie existante aurait coûté 82 600 FF. Le conseil municipal décide de l’arrêt des travaux et de l’étude par la commission d’urbanisme du réaménagement global de la place publique. La résiliation du contrat d’architecture entre la commune et Pascal Hausermann a lieu le 21 septembre 1978.

Une difficulté n’arrivant jamais seule, ses clients ont de plus en plus de difficultés à obtenir des permis de construire. Ceci le contraindra à s’éloigner de l’architecture. Aujourd’hui, Pascal Häusermann partage sa vie entre Genève et Madras où il recommence à construire.