Grand Paris : C’est le moment de se (dé)battre

Grand Paris : C’est le moment de se (dé)battre

A ma gauche, le projet de métro automatique autour de Paris proposé par la Région Ile-de-France de Jean-Paul Huchon et le STIF. A ma droite, le réseau de transport public du Grand Paris imaginé par l’Equipe de Christian Blanc, désormais piloté par André Santini et soutenu par le Président de la République. Du 30 septembre 2010 au 31 Janvier 2011, deux débats publics sont organisés en parallèle afin de recueillir votre avis sur la pertinence de chaque projet ainsi que le tracé à choisir. C’est la plus grande consultation publique jamais menée en France : 21 réunions de présentation pour le projet “Arc Express”, 53 pour le réseau Grand Paris.

Les réunions de lancement (30 septembre 2010) et de clôture (31 janvier 2011) sont communes aux deux projets et permettent aux spectateurs d’assister à la confrontation des visions de chacun, les représentants de la Région, du STIF et de la société du Grand Paris étant présent à la tribune. Les autres réunions se tiennent dans les nombreuses villes concernées par les projets, de près ou de loin. Le Havre et Orléans, deux communes dont les Maires sont membres de l’UMP, accueillent ainsi deux réunions du Grand Paris. Certaines réunions sont même retransmises en direct sur Internet pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer. Enfin, deux sites internet créés pour l’occasion permettent d’obtenir toutes les informations sur les deux projets (dossiers techniques, dossiers détaillés, dossier synthétique), de donner son avis et de suivre l’avancée de la consultation.

Ces Commissions Particulières du Débat Public ne sont toutefois pas des instances de décision ou de négociation, mais des temps d’information, de réflexion et d’échanges. Elles sont le support idéal pour recueillir vos propositions et idées au sujet des tracés, de l’opportunité d’un ou des projets. La situation des transports en commun étant ce qu’elle est Île-de-France, on peut penser que chaque utilisateur a une opinion sur la création de nouvelles lignes permettant de réaliser des déplacements banlieue-banlieue sans obligatoirement passer par Paris.
Partager ces visions individuelles ne peut qu’enrichir un débat qui s’annonce serré entre socialistes et membres de l’UMP. Loin de l’idée de vouloir faire pencher la balance, nous vous proposons notre propre synthèse de chaque projet. Aussi, en application du code de la route, nous respectons la priorité à Droite.

Le réseau de transport public du Grand Paris

C’est donc 155 Kilomètres de métro automatique en double boucle répartis sur 3 lignes. Souvent surnommé le Grand Huit dans la Presse, il a pour but de relier Paris et les pôles stratégiques identifiés par l’équipe de Christian Blanc. Il entend relancer le dynamisme de la “ville-monde” tout en améliorant la qualité de vie des Franciliens et le tissu économique régionale, sans renier ses exigences environnementales.

Il se fixe 5 objectifs allant de l’amélioration des transports en commun, le soutien au développement économique, la maîtrise du développement urbain, le désenclavement des territoires marginalisés jusqu’à la participation au développement durable.

Le tracé général relie 8 clusters, pôles majeurs de développement spécialisés dans différents domaines.
La ligne rouge qui contourne Paris par l’est et le sud part de l’aéroport du Bourget et retrouve la ligne verte à La Défense. La seule variante concerne le Sud de Boulogne-Billancourt et l’éventuelle desserte de l’île Seguin (dont le réaménagement est orchestré par Jean Nouvel, l’un des 10 architectes consultés dans le cadre du Grand Paris).
La ligne Bleue relie les trois aéroports de l’agglomération parisienne en s’appuyant sur la Ligne 14 au coeur de la Capitale. Aucune variante n’est envisagée.
Enfin, la ligne verte relie également les trois aéroports mais passe à l’ouest par La Défense, Versailles, Le plateau de Saclay et Massy-Palaiseau.
A l’image du bouclage de la Francilienne, il semble que cette partie de l’île-de-France est la moins encline à accepter le passage de ce métro automatique puisqu’ici, il n’y a qu’un corridor de tracés possibles. Par ailleurs, deux variantes sont esquissées au niveau de Versailles et de Gennevilliers.

L’impression d’un tracé imposé à l’est, historiquement plus populaire, et d’un tracé négociable à l’ouest parisien, traditionnellement plus aisé et politiquement proche de l’équipe au pouvoir, ressort donc fortement de cette lecture spatiale du projet.

Arc Express, le projet du STIF

C’est un métro automatique essentiellement souterrain comportant une cinquantaine de stations réparties sur 4 axes formant à terme une rocade complète de 60 km autour de Paris pour un coût de 25 milliards d’euros (6 milliards pour la rocade complète et 19 milliards pour le plan régional de mobilisation pour les transports, cf plus bas). Les axes nord et sud sont identifiés comme prioritaires et seront complétés par les axes ouest et est afin de doter la Région Île-de France d’un périphérique de transport public en petite couronne, permettant de relier rapidement les différentes communes de la proche banlieue sans repasser par Châtelet – Les Halles.

Ici aussi, les objectifs affichés sont le développement urbain, économique et social des territoires proches de Paris asphyxiés par le manque de transports en commun pour certains, et par le déficit d’image pour d’autres. L’urbanisme qui y sera pratiqué se veut respectueux des compétences des communes quand la loi du Grand Paris définit un cercle de 400 mètres autour des gares dans lequel la SGP exercera le Droit de Préemption (même si les communes pourront signer un “Contrat de Developpement Territorial”, garantie de travail entre les éli-us et l’Etat). A une échelle plus large, le projet s’insère dans celui de SDRIF approuvé par la Région en 2008 et toujours en attente d’un décret du Conseil d’Etat pour entrer en application. Ce document d’Orientation entend concentrer la croissance urbaine au sein du tissu constitué afin de ne pas peser plus lourdement sur les terres agricoles et les espaces naturels.

Arc Express est donc un élément clé du projet régional, né de nombreuses années de réflexion et de consultation à l’échelle de l’île-de-France alors que le réseau de transport public du Grand Paris est l’unique projet qui ressort de la consultation internationale de dix équipes d’architectes. Ce grand travail de recherche voulu par Nicolas Sarkozy, qui inaugura en grande pompe l’exposition à la Cité Internationale de l’Architecture semble oublié dans le projet aujourd’hui soumis à la consultation et n’est même pas cité dans le document de syhtèse.

Les tracés présentés en enquête publique sont le reflet de cette volonté régionale de dialogue et de négociation puisque trois tracés variés sont présentés pour les axes nord et sud. Les axes ouest et est sont présentés à l’état de faisceaux d’étude et feront l’objet d’une consultation ultérieure. Les mauvaises langues diront que l’exécutif régional souhaite ménager la chèvre et le chou, mais on peut espérer que sa volonté est plutôt louable et que l’avis de la population prime.

La proximité de la capitale, autre différence majeure par rapport au projet du Grand Paris s’explique par le fait qu’Arc Express est inscrit dans un plan de mobilisation régional pour les transports voté pour financer le développement de modes de transports en commun complémentaires : Prolongement de lignes de RER, de lignes de bus, création de Tramways, de TCSP. Un véritable maillage du territoire régional aux moyens de transports en commun performants et durables sera ainsi réalisé sous maîtrise d’ouvrage du STIF.

Voici donc un rapide tour d’horizon des deux projets qui sont soumis au débat public jusqu’à la fin du mois de Janvier 2011. Pour vous faire votre propre opinion, vous informer et réagir, voici les liens vers les deux sites dédiés :
http://www.debatpublic-grandparis.org/index.html
http://www.debatpublic-arcexpress.org/


6 Commentaires


  1. Juste un petit mot de complément. La philosophie générale des deux projets est relativement différente. et je vais essayer d’en écrire deux mots, le plus objectivement possible.
    Le projet du Grand Paris a pour objet avant tout le développement économique. Il est là pour relier des pôles économiques entre eux, rapidement, avec peu d’arrêts entre.
    Le projet Arc Express, partie prenante du projet régional de transports (plus large, et inscrit au SDRIF), est là pour améliorer le système de transports en proche couronne, dans une logique de lien avec les infrastructures existantes. et il souhaite une desserte fine des territoires traversés.
    La logique n’est donc pas la même.
    Toutefois j’ai quand même l’impression qu’au delà des tensions connues lors du vote de la loi sur le Grand Paris, la position des acteurs locaux est aujourd’hui de calmer le jeu et de faire se rejoindre les deux projets.
    Cela a déjà commencé dans le Val de Marne, du fait du poids du projet local Orbival.

    Petite précision: de mémoire, le projet ArcExpress fait partie du plan de mobilisation pour les transports, donc les 6 milliards du projets font partie des 18 milliards d’investissement envisagés.

    • Merci Emmanuel pour ces précisions nécessaires, claires et précises. Le sujet est complexe et chaque complément est le bienvenue.

      • de rien. Au delà de mon travail, je suis de près ce dossier car nous serons amenés, dans ma commune, à donner un avis sur les deux projets et je serai le porte parole de mon groupe à ce sujet. n’hésitez pas si vous avez des questions, je suis à votre disposition

  2. La proche couronne (à qui on refuse une desserte OMNIBUS : les ardoines, le vert de maisons entre autres) est actuellement servie par un arret tous les quarts d’heure aux RER C comme RER D. la zone 3 est sinistrée!!!
    Les différents tracés sud-est « floutent » la pertinence d’un tracé équitable pour tous.
    Pour le STIF, les trajets les plus longs (en distance) semblent privilégiés par rapport aux trajets les plus courts par le système des « liens existants ».

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