Le long du RER B, l’inégalité devant la mort

Le long du RER B, l’inégalité devant la mort

Nous vous l’avions annoncé il y a quelques temps, voici donc comme promis le premier article issu de notre partenariat avec Megalopolis, le magazine du Très Grand Paris. Amateurs de cartographie et de statistiques, nous sommes ravis d’inaugurer cet échange par cet article de Sylvain Mouillard.

Emmanuel Vigneron a étudié le risque moyen de décès le long de la ligne de RER B. Il montre que “le simple fait d’habiter dans une zone urbaine sensible a des effets pathogènes”.

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Le géographe Emmanuel Vigneron, professeur d’aménagement sanitaire à l’université de Montpellier, a étudié le risque moyen de décès le long de la ligne de RER B. L’idée était de neutraliser les effets de sexe, âge et classe sociale, pour n’observer que la localisation géographique. Il apparaît ainsi que le risque de mourir une année donnée est 30% moins élevé quand on habite à proximité de la station Port-Royal, en plein cœur de Paris, par rapport à la moyenne régionale. En revanche, il est 28% plus élevé autour de la Plaine-Stade de France ou du Blanc-Mesnil.

La mort le long du RER B

Interrogé par Rue 89, l’universitaire pointe «”l’effet ZUS”. Il a été démontré que le simple fait d’habiter dans une zone urbaine sensible a des effets pathogènes. Ils sont liés à mille choses : au cadre de vie, au stress, à la pollution éventuelle, au faut qu’il n’y a pas d’offre de santé suffisante dans ces zones-là».

En observant la carte, on remarque que sur le tiers nord de la ligne B, les risques d’un décès prématuré sont multipliés. «Dans ces zones, on constate souvent plus de souffrance psychologique et d’obésité qu’ailleurs. C’est simple : dans les quartiers où il y a beaucoup de pauvres, les magasins vendent des trucs de pauvres et la qualité de la bouffe s’en ressent, développe Emmanuel Vigneron. Quand on est plutôt aisé dans une zone pauvre, on adopte le genre de vie des gens de la zone pauvre, on ne va pas faire ses courses à l’épicerie du Bon Marché.»

Le nombre de médecins libéraux établis le long des 70 km de la ligne B illustrent clairement l’inégalité de l’offre de santé. Autour d’Antony (banlieue sud), on compte par exemple 14,7 généralistes pour 10.000 habitants. Autour de la Courneuve-Aubervilliers, ils ne sont que 5,9. Les deux villes de Seine-Saint-Denis sont encore plus démunies en ce qui concerne les médecins spécialistes : on n’y compte qu’1,6 praticien pour 10.000 habitants. Autour de la station Luxembourg (5e arrondissement), ils sont 68,5.

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Crédit photo: Flickr/CC/Cali4beach


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