Le Shanghai No City Guide ouvre la collection des Revues de Ville

Le Shanghai No City Guide ouvre la collection des Revues de Ville

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion de découvrir une démarche littéraire originale pour parler de la ville. Ou plutôt, nous nous sommes bien constitué une collection de favoris sous Chrome pour pouvoir lire des articles de qualité tout au long de l’année mais quand il s’agit de découvrir une ville, Google Reader ne nous est d’aucune aide. Aussi, quand Claire et Matthieu nous ont proposé de rejoindre l’aventure de leur No City Guide, nous n’avons pas eu besoin de réfléchir longtemps tant nous avions saisi que cette aventure serait palpitante et novatrice.

Leur constat est simple : la ville est un espace qui a trouvé sa limite et qui est aujourd’hui recouvert, enveloppé, débordé par quelque chose de diffus et qui s’appelle l’urbain. Le guide de voyage a donc vécu et il est urgent de lui donner une nouvelle forme. Cela passera par l’extérieur, les franges, les marges. Si la ville était un, l’urbain est multiple, protéiforme, complexe. Cette richesse est donc retranscrite à travers une pluralité de points de vues et de plumes : 65 contributions originales d’artistes, d’universitaires, de photographes, d’écrivains, autant de guides pour donner vie au No City Guide…

pdf et ebook - No city guide - Shanghai - Urbain trop urbain

Le No City Guide Shanghai est donc un livre numérique d’un genre inédit, dédié à la pratique imaginaire ou réelle de la ville dont il constitue une monographie.
Il est diffusé au format PDF pour ordinateur ainsi qu’au format epub pour iPad pour 2,99 € seulement, soit à peine plus cher Angry Birds… Il comporte 714 pages et justifierai à lui seul l’achat de la tablette d’Apple.
La lecture est agrémentée de milliers de liens, son et vidéo facilement accessibles grâce à une navigation pensée pour une lecture intuitive et confortable en plein écran.

L’achat en ligne de l’offre complète PDF & epub est rapide et sécurisée en ouvrant très simplement un compte chez immateriel.fr. Vous trouverez aussi le Shanghai Nø City Guide en format epub sur l’iBook Store d’Apple et dans toutes les librairies numériques… Ne passez pas à côté de cet objet hybride si vous souhaitez découvrir les multiples facettes de Shanghai.

Devant le succès de l’ouvrage, il semblerait que l’on soit proche de la rupture de stock alors faites vite… En forme de bonus et pour nous rattraper suite à cette mauvaise blague, nous vous offrons notre modeste contribution à l’ouvrage.

Mobilité

Il était près de deux heures du matin lorsque les premiers souvenirs refirent surface, dans ce train transformé en boîte de nuit entre Toulouse et Paris. Était-ce cette fenêtre façon cinémascope pliant le paysage et ses lumières nocturnes, ou bien une odeur oubliée soudain échappée d’un sac de randonnée rangé au dessus de lui, son esprit vagabond le projeta dans cette ville qu’il avait aimé cinq ans auparavant. Cette ville-monde, à la fois vieillarde, femme et enfant, Shanghai.

Sa mémoire taquine l’empêchait de retrouver à quoi ressemblait son arrivée à la gare, mais le voyage depuis Pékin restait imprimé durablement, particulièrement les mines à ciel ouvert dans ce qui avait jadis été des champs de blé. Il avait rejoint son hôtel grâce à l’un de ces taxis où le chauffeur s’isole dans une sorte de cage, transformant les indications de trajet — barrières de la langue et du plexiglas obligent — en confessions improvisées.
Il logeait près du Bund, cette artère vieille d’un siècle, bâtie le long du fleuve par les colons européens, symbole d’une époque depuis longtemps révolue et symptôme du temps présent, celui de la montée en puissance de l’Asie et des soubresauts du Vieux Continent. Fruit de cette histoire, il profitait d’une période de chômage pour parcourir le monde. Depuis sa chambre, son regard embrassait la skyline de Pudong, du ballet des vedettes sur le fleuve jusqu’aux errements des badauds sur la rive. À la fois télé-, kaléïdo- et micro-scope, la fenêtre-prisme lui permettait de naviguer à différentes échelles dans cet univers à la fois familier et tellement étranger.

Bund

Cette sensation s’était amplifiée le lendemain quand il avait fièrement entrepris l’ascension de la Perle de l’Orient. Autrefois plus haute tour-antenne du continent, elle continuait d’attirer touristes et vendeurs à la sauvette par sa taille et la débauche de lasers qui l’illuminaient, phare dans la nuit d’une ville qui ne dort pas. Du dernier étage, il avait admiré un espace sans fin habité par vingt-cinq millions d’âmes. Vertige ajouté à celui généré par le vide sous lui, comme un rêve imbriqué dans un autre. Il avait alors le sentiment de voir le futur au présent, comme une vision de l’avenir de ce monde en croissance exponentielle, exacte illustration du concept de ville dense.
Par la suite, il avait erré dans les rues-tentacules encombrées de vélos et scooters électriques jusqu’aux anciennes concessions, française et anglaise. Quartier prisé des expatriés se comportant parfois comme d’anciens colons, fumant cigares, exhibant voitures de collection et enchaînant soirées privées. L’ensemble lui avait fait penser à un îlot de luxe qui aurait suivi le même chemin que des usines textiles ou des unités de production industrielle. L’un des ingrédients de la salade au goût de mondialisation, avec un supplément délocalisation. Après tout, si les chaînes de montage s’exportaient, pourquoi les fêtes ne suivraient-elles pas la même voie ?

toits-d-ailleurs

C’était la première fois qu’il avait saisi aussi nettement la façon dont les choses évoluaient, comme si cette ville avait un effet de catalyseur sur ses connexions neuronales. Les décalages horaire et culturel quasi permanents dans lesquels il était plongé éveillaient ses sens. Les bruits des chantiers de construction continuellement éveillés, fourmilières urbaines parcourues par des armées de travailleurs venus des campagnes, lui semblaient familiers à mesure que les jours s’écoulaient. Le vacarme des véhicules et le bourdonnement des climatiseurs lui faisaient atteindre une sorte de transe intérieure tandis que l’exotisme s’effaçait. Il comprenait que la ville de demain se fabriquait en partie ici. Cela le rassurait et le paniquait à la fois, tel un clown grotesque, Janus urbain.

« Gare Montparnasse, terminus de notre train » l’informa une voix numériquement suave.
« Mince » songea-t-il alors, « il faut rallier la Gare de l’Est pour espérer rejoindre le Transsibérien ».

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