L'urbavideo du mercredi #28 - LoopLoop par Patrick Bergeron

L’urbavideo du mercredi #28 – LoopLoop par Patrick Bergeron

Comme par un heureux hasard, le nom de famille de l’auteur de la vidéo que nous vous présentons cette semaine est proche de celui d’Henri Bergson, le philosophe français, prix nobel de Littérature en 1927. Gilles Deleuze fonde largement son analyse du cinéma sur l’oeuvre maîtresse de Bergson, Matière et mémoire. Le point commun qui relie les trois hommes est la place centrale de la mémoire dans l’oeuvre cinématographique.

De la même manière que le cerveau fonctionne, selon Bergson, entre deux types de mémoire, la mémoire habitude qui rejoue le passé, le répète, et la mémoire pure ou mémoire souvenir qui enregistre le passé sous forme de « souvenir-image » et représente le passé, on retrouve au cinéma deux grandes images correspondantes, selon Deleuze : D’un côté l’image-mouvement, qui repose sur le schème sensori-moteur (l’action donne lieu à une réaction). De l’autre l’image-temps, reposant sur la réflexion pure.

Ici, Bergeron, artiste canadien de Montréal, se concentre sur l’image-temps pour nous amener à abandonner le schéma de l’action-réaction et atteindre « une situation optique et sonore pure ». Dans cette vidéo de cinq minutes, le temps ne cesse pas de se déployer dans deux directions, passées et futures. Ce processus qui fait dire à Deleuze que « l’image de cinéma n’est pas au présent ». Les va et vient de cette séquence constitue une mémoire en même temps que la timeline défile, si bien que ce que nous montre ce court-métrage, ce sont des zones de la mémoire, des « nappes de passé », qui occasionnellement se concentrent et convergent dans des « pointes de présent ».

Ressources

  • Henri BERGSON
    Matière et mémoire, 1896.
  • Gilles DELEUZE
    L’image-mouvement. Cinéma 1, Les éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1983, 298 p.
    L’image-temps. Cinéma 2, Les éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1985, 378 p.

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