L'urbaview #4 - Diamant

L’urbaview #4 – Diamant

C’est suite à notre interprétation du thème de photo du mois de Mars que nous avons pris contact avec Diamant. Quelques coups de fil et mails plus tard, nous en savons un peu plus sur ce street artiste particulièrement brillant… A vous de le découvrir. N’hésitez pas à cliquer sur « Gemme » pour partager cet entretien.

L’ARTISTE

Qui êtes-vous ? Habitez-vous près des lieux où vous exposez ? Quelles villes constituent vos terrains de jeu ? Comment avez-vous eu envie de vous servir des murs de la ville pour présenter votre travail ?
Depuis combien de temps exposez-vous dans la rue ? Combien d’œuvres avez-vous créé depuis votre première réalisation dans la rue ?

Diamant-collages

Je m’appelle diamant ou le diamantaire ou autre chose, vous pouvez m’appeler comme vous voulez et même « le mec qui fait les diamants » je m’en fiche ! Je ne marche pas au nom, mais plutôt au symbole. Le symbole parle à plus de personnes et est plus facilement mémorisable qu’un nom. Il parle à tous, noir, blanc, jaune, vert, juif, chrétien, chinois, américain… Je ne veux pas que l’on me juge par un nom, mais par mon travail.

J’habite près de mes créations, pour les surveiller plus facilement.

Pour l’instant, je me focalise surtout sur Paris, car j’adore cette ville, mais je souhaiterai coller partout en France et dans le monde. J’ai déjà quelques diamants collé au Srilanka, à New York, en Algérie et en Corse. Mais j’aimerais vraiment coller dans des lieux insolites comme les pyramides en Egypte, les temples mayas, la muraille de Chine… ou dans des endroits complètement sauvages. Le but est de le faire voyager un peu partout et qu’il y trouve le bon reflet.

Pour moi, coller des diamants a été une action toute naturelle, car la rue est le tout premier endroit d’expression. J’aime la rue, j’aime la ville. La rue change tellement selon les intempéries, les saisons et les heures, tout au long de l’année la rue habille mon diamant différemment. Et surtout, tu peux y toucher toutes les catégories de personnes selon les endroits où tu colles.

LA RUE

Pourquoi avoir choisi d’enrichir les rues au sens propre comme figuré ? Comment choisissez-vous la localisation des œuvres ? Comment avez-vous choisi la technique de représentation qui vous est propre ?
Pourquoi vous exprimez-vous dans la rue ? Exposez-vous vos œuvres ailleurs ? Faites-vous un travail d’archivage de vos productions ? Photos, site internet, cartographie des œuvres posées ?

Diamant Bastek

J’ai eu envie d’offrir des bijoux à la rue. Pour moi le street art est un vrai bijou, c’est pour cela j’ai voulu utiliser le diamant. Les gens n’y font pas attention, mais une ville sans tag, sans graff, sans street art est une ville morte, une ville vieillissante selon moi. Tout cet ensemble reflète le dynamisme des habitants, leurs envies de créations, de revendications, c’est une ville vivante. Et surtout, tu as un contact direct avec le spectateur, qu’ils le veulent ou pas, ils le regardent. Pour ma part, j’assimile le street art à la pub. C’est le même combat presque.

Je choisis mes endroits de pose selon l’afflux et les personnes que je veux toucher. Mais le but final est d’offrir à Paris un maximum de joyaux.

Je souhaitais un symbole simple, clair, dont on se souvienne facilement. Je voulais qu’il plaise à tous, aux enfants comme aux personnes âgées. Je ne voulais pas que les spectateurs se sentent rejetés par le fait qu’ils ne comprennent pas. Je veux qu’ils le trouvent simplement esthétique et que cela les intrigue. Certains diront que le symbole existe déjà et qu’il est pas mal exploité, mais il m’est sorti de la tête. Je voulais aussi me démarquer par mon support (on va me dire aussi que le miroir est déjà exploité en
street art sur Paris par Hélène Lhote et Popeye, mais je les ai découverts bien après. ).

Je cherchais un support « vivant » et une matière à exploiter. Je suis au départ métallier/chaudronnier et ça me manquait de travailler une matière. Lorsque tu regardes une affiche, peu importe l’angle tu verras toujours la même chose alors qu’avec le miroir non. Le miroir, reflète son environnement, il ne se trompe pas et ne ment jamais.

Diamant

Il faut savoir que je récupère tous mes miroirs, je n’en ai jamais acheté. Cela me prend beaucoup de temps, mais mon but premier est de faire d’un miroir délaissé, un bijou convoité. Je voulais changer son utilisation, au départ celui de se mirer pour le transformer en bijoux « déco de ville ».
Au départ, j’ai commencé par de petits formats genre 12cm x 12cm puis aujourd’hui, je me suis tourné vers de plus grand format. Les grands formats collent beaucoup plus à mon idée de départ, le problème est de trouver assez de miroirs. Mais ils sont plus percutant, plus vivant et reflètent plus leur environnement.

Je n’expose pas mes oeuvres ailleurs que dans la rue. J’ai fait des collages papier cet hiver en attendant les beaux jours, mais c’est juste pour le trip.

J’ai décidé après le 100ème que tous mes diamants seraient numérotés. La numérotation est gravée sur le verre sur l’arrête horizontale à droite. Cette numérotation me permet de suivre mes « oeuvres » et de les cartographier. Vous trouverez sur mon Facebook, toutes les photos de mes diamants avec le numéro et l’adresse. C’est très important d’archiver, ça permet de ne pas tourner en rond et d’avoir un souvenir de « l’oeuvre » dans son contexte. Aujourd’hui, les « oeuvres » sont tellement éphémères, entre le vol et le nettoyage, que tu es obligé de les prendre en photo. Surtout, j’essaye de faire des diamants uniques, tu en trouveras pas un identique donc moi ça me permet de voir ce que j’ai déjà fait.

LE MARCHE DE L’ART

Vendez vous vos créations ? Que pensez-vous du Street-Art aujourd’hui ? Effet de mode ou vraie reconnaissance ? Quelle est votre place dans ce marché si vous estimez en avoir une ?

Je vends par le biais de mon Facebook quelques « produits dérivés », mais je n’ai jamais vendu en galerie. Pourtant, j’ai fait pas mal de choses diversifié (peinture, gravure) pour vendre en galerie. Mais je ne veux pas faire que du diamant, je ne veux pas m’emprisonner comme certains artistes dans mon diamant et ne plus pouvoir faire autre chose. Pour l’instant je fais du diamant, des affiches pour la rue et je fais des pièces plus travaillées pour les galeries. J’espère surtout qu’un jour vous pourrez voir mes travaux en galerie. Mais être exposé n’est pas une finalité pour moi. Si je fais de la street, c’est juste pour mon kiff et aussi faire plaisir aux passants. C’est sûr que la street peut être un tremplin, mais il faut se poser les bonnes questions.

diamant-charlie

Aujourd’hui, le street art est plus qu’omniprésent dans la rue ! Je pense que c’est un peu, une mode ou plutôt une évolution. Le graffiti a tellement soûlé les gens, que les artistes ont essayé de les toucher autrement. Le graffiti a été un vrai raz-de-marée quand il est arrivé, tu en voyais partout, les gens ne comprenaient pas cet élan de créativité. Ils découvraient une nouvelle culture, le HIP HOP. Aujourd’hui, ils se sont habitués, ils ont appris à vivre avec et n’y font même plus attention. Pour moi le street art est une évolution du graffiti, c’est une autre façon de toucher le passant plus directement. Et je pense que le street art est plus explicite, plus ludique que le graffiti. Je ne crache pas sur le graff, loin de là ! je respecte cette discipline et pense vraiment que c’est un art. Passer des heures pour trouver une bonne arrache est respectable et c’est un boulot comme un autre. Personnellement, je ne prétends pas faire du street art. Je dirais plutôt que je fais des « street bijoux ». Je ne pense pas apporter quelque chose à l’art, Je vois plutôt mes boulots comme des idées que j’applique.

Néanmoins, en galerie, c’est parfois du n’importe quoi. C’est là que l’on voit que le street art est un peu une mode. Il y en a certains qui vendent n’importe quoi, sous prétexte qu’ils ont un nom. C’est malheureux, mais je respecte. Si l’artiste est toujours là depuis 20 ans, c’est qu’il a travaillé pour. Mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. Par contre, il y en a d’autres qui avancent toujours et apportent vraiment au street art. Mais la vraie place du street art n’est pas dans en galerie. Il n’a plus la même fonction une fois en galerie, le concept du début est perdu et il devient juste esthétique alors il finit en produit de consommation. Ce qui me plaît dans cette discipline, c’est le fait de faire don de sa création. Pas un don individuel mais un don collectif, accessible à tous.

I need a dollar

Je ne sais pas si j’ai réellement ma place dans le marché de l’art car je ne me prends pas pour un artiste. Si je fais des « oeuvres » et qu’elles plaisent, tant mieux. En tout cas je pense avoir ma place dans la rue. J’ai essayé de travailler mon concept pour y avoir ma place. Seul le spectateur peut dire si j’ai ma place en galerie ou/et dans la rue. Si ça ne plait pas, j’arrêterai et quelqu’un prendra ma place. Cependant, nous avons tous une place dans la rue, la rue nous appartient.

LES AUTRES (ARTISTES, PUBLIC, AUTORITES)

Travaillez-vous en partenariat avec d’autres artistes ? Utilisez vous des œuvres existantes pour mettre en perspective votre propre travail ? D’autres artistes se revendiquent-ils de votre démarche ? Quels sont vos street-artists préférés ? Quelle relation entretenez vous avec votre public ? Quel est le regard de la force publique sur votre travail ? Police, Education nationale, Culture ?

Oui j’ai fait des petites collaborations avec Bastek et une qui va bientôt arriver avec Milo. Je l’ai fait car c’est mes potes et que j’aime leurs taff. Mais je ne le ferais pas avec n’importe qui. Le but, c’est de se faire plaisir à taffer à deux et ça fait plaisir aux personnes qui nous suivent.

Je n’utilise pas les œuvres existantes pour mettre en perspective mon propre travail, mais j’ai joué avec un personnage de Jérôme Mesnager une fois. Je trouvais que le bonhomme blanc donnait du dynamisme à mon diamant et qu’ils allaient bien ensemble.

Diamant Mesnager

Je suis un très grand fan d’OBEY, c’est mon dieu en graphisme ! Milo, car il a des idées de fou et qu’en fait j’aimerais bien les avoirs. Jérôme Mesnager, pour toute son oeuvre et le fait qu’il ne se soit jamais plié à une mode. Space Invader car, il a tout retourné. ZEVS, parce qu’il a eu de très grand concepts. Enfin bref on a tous un peu les mêmes modeles. En graffiti, Kanos, Astro, Kashink, Daim, O’clock, Risote, Horphé (je ne suis pas un très grand spécialiste du graff, même si j’essaye de suivre un peu le truc) et j’ai pris une sacré claque avec Smash 137 que je ne connaissais pas. J’aime beaucoup de choses, ça serait plus facile de me demander quel artiste j’apprécie le moins le travail ?

J’essaye d’être assez proche de « mon public », enfin bon je n’ai pas des milliers de personnes qui me suivent, je ne suis pas une superstar du « street art » donc c’est facile. Mais je trouve ça normal, ils ont de l’intérêt et te soutiennent dans ton travail donc en échange tu discutes un peu avec eux et tu fais plein de super rencontres. Ca fait plaisir de voir des photos de tes « oeuvres » qui circulent sur le net et que l’on parle de ton travail, c’est en quelque sorte une reconnaissance.

Pour l’instant, je n’ai pas eu de problème et je prie le dieu du street art pour qu’il ne m’arrive rien. Mais j’essaye de faire attention où je colle. Mon but n’est pas de dégrader, mais plutôt d’enrichir le mur. Je n’ai pas encore eu l’occasion de côtoyer la police lors de mes sorties diamantesques, mais par contre je crois que mes diamants plaisent aux agents de la Mairie qui repeignent les murs. J’ai souvent vu des murs complètement repeints en dehors de mon diamant. C’est cool et je les remercie, car c’est assez rare !

Diamant

LE PASSE, LE PRESENT ET LE FUTUR

Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs associés à votre travail dans la rue ? Quelle musique dois-je écouter pour appréciez au mieux vos œuvres ? Des projets pour les mois à venir ? Des expositions en préparation ? Un mot à ajouter ?

Je n’ai pas de meilleurs ou de pires moments, toutes mes sessions sont de bon souvenirs. Je colle rarement seul, donc c’est l’occasion de voir les amis et de partager de bons moments.

Je n’en ai aucune idée ! Je suis un fan de disco / funk donc si ça vous fait plaisir pourquoi pas. Sinon, deux chansons que j’apprécie qui parle de miroir : Man in the mirror de Michaël Jackson et Mirror mirror de Diana Ross, mais ça n’apporte rien au diamant. Je ne me suis jamais posé cette question, mais j’y travaillerai la prochaine fois.

Pole Dance

Oui, ça fait trois mois que j’attends la fin du froid, donc beaucoup de collages de diamant dans la rue en préparation. Et mon but final est de sertir toute la ville lumière !
Exposition, je ne sais pas pour l’instant, mais je serai content de faire une exposition collective.

On va faire le truc habituel, mais je le pense vraiment. Donc je remercie les personnes qui me suivent et me soutiennent. Une pensée à ma copine qui endure trop souvent l’odeur de la peinture et les bouts de verre partout. Big up à mes potes : Milo, Bastek, Popeye, Combo, Nemi, Zokatos et Arianne Pasco. Et enfin un merci à Nano, qui m’apporte beaucoup de conseils. Je suis content de faire partie de ce milieu car pour moi ce projet est fait plein de belle rencontres et que dans cette « famille » du street art il y a un super esprit de créatif.


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