L'urbaview #5 - Bastek

L’urbaview #5 – Bastek

En ces temps troubles pour la paix, voici un artiste qui s’engage en filant coller l’une de ces oeuvres sur le John Lennon Wall à Prague. Par ce geste, il nous rappelle que le street art est avant tout un art contestataire tout comme un miroir pour notre société. Et c’est pour cette raison que nous avons cherché à en savoir un peu plus sur Bastek, notre interviewé du jour.

L’ARTISTE

Qui êtes-vous ? Habitez-vous près des lieux où vous exposez ? Quelles villes constituent vos terrains de jeu ?
Je signe sous le nom de BasteK et j’habite en région parisienne, mais je colle essentiellement sur Paris. Il m’arrive de semer mes toiles ailleurs, comme à Poitiers, Nice où encore à l’étranger, cela dépend de mes trajets. Pour 2012, je prévois une petite session en Arles, une autre à Prague, et peut-être Avignon et Francfort, à suivre…

N°180 - Lennon Wall - Velkoprevorske nam. - Praha 1- Mai 2012

Comment avez-vous eu envie de vous servir des murs de la ville pour présenter votre travail ?
J’ai découvert les travaux de nombreux artistes quand je suis arrivé à Paris et ça m’a donné l’envie de m’y mettre, c’était ça ou empiler les toiles chez moi, alors j’ai préféré partager ^^ Mon lien avec la rue a toujours été très fort, ça va faire 15 ans que je pratique le roller ! Plus qu’un sport, c’est pour moi un mode de vie, alors après les murets, rails et autres rambardes, c’est au tour des murs de subir mes assauts.

Depuis combien de temps exposez-vous dans la rue ?
C’est encore récent, et pourtant ça passe si vite, j’ai commencé fin 2009 donc ça fait un peu plus de 2 ans maintenant mais j’espère que ça continuera encore longtemps !

Combien d’œuvres avez-vous créé depuis votre première réalisation dans la rue ?
Je numérote tout ce que je réalise, et je dépasse aujourd’hui le n°170 mais tout n’a pas été posé, il y a mes premiers essais sur canson, quelques toiles faites pour mes amis, et des commandes, mais j’ai du exposer près de 150 pièces.

N°169 - ACT UP PARIS - AVRIL 2012

LA RUE

Pourquoi avoir choisi de placer vos tableaux à 45° dans les rues ?
J’aime ce qui sort des chemins tous tracés, c’est pourquoi le street art m’a tout de suite plu, par son originalité, sa diversité et l’excitation que cela m’apporte. Le choix du support, plutôt rare dans la rue, et sa position vont dans ce sens. Marre du format paysage ou portrait habituel !

Comment choisissez-vous la localisation des œuvres ?
Le plus souvent au gré du hasard, je fais rarement de repérage préalable, mais quand je croise LE spot idéal, je ne manque pas de le noter pour y revenir. Généralement, je pars avec 5-6 toiles, destination : quartier à conquérir, c’est toujours une vraie découverte en temps réel !

N°151 - rue de l'Eperon - Angoulême

Comment avez-vous choisi la technique de représentation qui vous est propre ?
Ces formes ovales sont nées de mes premiers essais. Je souhaitais représenter de manière assez simple une foule de gens, identiques visuellement mais pourtant différents via quelques détails sur 1 ou 2 « personnages ». En ne choisissant que le contour et les yeux, on efface toute marque de distinction, que ce soit la race, le sexe, le handicap… Cela permet à tous de s’identifier, en supprimant tous les clivages qui font que certains en oublient notre nature commune.

Pourquoi vous exprimez-vous dans la rue ? Exposez-vous vos œuvres ailleurs ?
C’est dans le prolongement de mon histoire, un milieu qui me correspond, fort en rencontres et en surprises. Contrairement à internet, où j’ai montré mon travail en parallèle, la rue touche l’ensemble de la population. Qu’on le veuille ou non, il permet de toucher un public plus large, amateur ou novice, jeune ou vieux… Le street art vous tombe dessus à n’importe quel coin de rue et j’en suis le parfait exemple.

N°148 - rue Hergé - Angoulême

Faites-vous un travail d’archivage de vos productions ? Photos, site internet, cartographie des œuvres posées ?
C’est systématique, je prends des photos et note l’adresse de chaque collage, ça me permet d’en garder une trace. Quand on voit que certaines pièces ne durent pas plus de 2 jours, c’est devenu indispensable.
Pour le moment, mes photos sont visibles sur Facebook et FlickR, mais j’ai un projet de site internet (depuis 1 an…). Il faut « juste » que je trouve le temps de m’y consacrer… mais ça va venir, promis !

LE MARCHE DE L’ART

Vendez vous vos créations ?
Je m’y suis mis en début d’année lorsque que j’ai commencé à recevoir des commandes en direct. C’est plutôt cool car ça me permet de financer mes prochains collages de rue, et c’est aussi l’occasion de rencontrer mon public. Je ne le cache pas, ça fait plaisir ^^

N°146 - Rue de la roquette - Paris 11

Que pensez-vous du Street-Art aujourd’hui ? Effet de mode ou vraie reconnaissance ?
Je pense qu’on est encore loin du phénomène de mode, sans quoi tout le monde s’y mettrait mais la reconnaissance et le travail de longue haleine d’artistes comme Jef Aérosol, Jérôme Mesnager, Speedy Graphito, Blek le rat, Miss Tic ont ouverts la porte à une nouvelle forme d’art !
On ne peut que s’en réjouir en découvrant chaque jour de nouvelles vocations prenant vie dans notre quotidien urbain !
Et pour les plus confirmés, c’est une juste chose !

N°96 - Rue Sainte croix de la bretonnerie - Paris 4

Quelle est votre place dans ce marché si vous estimez en avoir une ?
Je ne sais pas si j’en ai une, en tout cas, ce n’est pas vraiment à moi de le dire…
Si on m’en donne une je la saisirai, mais une chose est sure, c’est que je n’attends pas ça pour continuer, du moment que mon travail de rue plaît et que je peux continuer tranquillement, c’est l’essentiel !

LES AUTRES (ARTISTES, PUBLIC, AUTORITES)

Travaillez-vous en partenariat avec d’autres artistes ?
Ça m’arrive de temps en temps et j’avoue que j’adore ça, c’est très motivant de pouvoir collaborer avec d’autres, de pouvoir mélanger nos styles de manière à ce qu’ils ne fassent plus qu’un. C’est aussi très enrichissant sur le plan humain et artistique car ça me permet de découvrir de nouveaux horizons et de donner des variantes à mes personnages !
À ce jour, j’ai fait plusieurs projets avec Gregos et Diamant, mais aussi avec Tarek et d’autres sont également en réflexion pour 2012, avec Hermann, Toc Toc, Milo, et re-Tarek. À suivre, donc…
Utilisez vous des œuvres existantes pour mettre en perspective votre propre travail ?
Ça m’arrive rarement car je pose assez haut, il y a donc davantage de place pour chacun. Par contre, si le spot me plaît vraiment, je ne vais pas me gêner pour poser à côté des autres. Du coup il m’est arrivé de poser quelque fois à proximité de Space Invader, de Diamant, ou encore de GZUP. Faut dire qu’ils choisissent bien leurs emplacements aussi ! 😉

D’autres artistes se revendiquent-ils de votre démarche ?
Pas à ma connaissance, mais j’ai découvert l’an dernier que je n’étais pas le seul à coller des toiles, j’en en effet découvert plusieurs toiles grand format à Malmö en Suède, signées Unsharp.
Qui sait il y en a peut-être d’autres de par le monde ?

Quels sont vo street-artists préférés ?
C’est difficile car il y en a beaucoup, mais on peut dire que Gregos, FKDL, Jef Aérosol, Mosko, et Jérôme Mesnager ont une place particulière car c’est en croisant leurs travaux de rue que j’ai voulu me lancer. Sinon je suis toujours émerveillé par le travail de Blu, de Keith Haring, l’audace de Banksy, et j’en passe…

Quelle relation entretenez vous avec votre public ?
La rue, c’est la proximité ! Malgré mon côté réservé, j’aime rencontrer et pouvoir échanger avec de nouvelles personnes, qu’elles soient familières avec le street art ou non.
Mes meilleurs souvenirs de collages sont toujours des rencontres avec des inconnus de la rue !
Quel est le regard de la force publique sur votre travail ? Police, Education nationale, Culture ?
J’avoue que je ne sais pas trop, j’ai croisé une seule fois la police en pleine session, c’était avec Combo, dans la rue Desnoyer, près de Belleville, du coup, vu l’état de la rue, autant dire qu’ils avaient capitulés d’avance, mais on a discuté pendant un petit quart d’heure en toute sympathie, puis ils nous ont laissé continuer tranquillement en lâchant un « Allez, on n’a rien vu ! »

LE PASSE, LE PRESENT ET LE FUTUR

Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs associés à votre travail dans la rue ?
Le pire ça devait être la fois où je suis parti avec des potes, qu’il faisait beau en partant et une fois sortis du métro, c’était les chutes du Niagara ! Dégoutés ! Mais ça ne nous a pas empêché de coller, même si on a fini complètement trempés.
Sinon je ne vois pas trop…
Heureusement il y a beaucoup plus de bons souvenirs comme ma première ou deuxième session, je ne sais plus trop. Avec des potes toujours, on a du passer 3 heures posés sur les marches de Montmartre, à discuter, boire des coups et à chanter avec un SDF qui jouait de la guitare ! C’était terrible !!! Sinon il arrive que des passants me fassent la courte échelle pour accéder à des recoins difficiles d’accès, m’interpellent… C’est toujours un vrai moment de plaisir et de partage.

Urbaview-bastek

Quelle musique dois-je écouter pour appréciez au mieux vos œuvres ?
De l’éclectisme !
Personnellement je me motive à coup de Nirvana, Birdy Nam Nam, Orelsan, Cypress Hill, Puggy, Naive new beaters, Serj Tankian, Svinkels, Enhancer, Metallica, Etienne de Crecy, Looptroop rockers, Crookers, pour ne citer qu’eux…

Des projets pour les mois à venir ? Des expositions en préparation ?
De nouvelles toiles bien sur, j’en ai une bonne vingtaine de prêtes et les beaux jours arrivent à grand pas, des diptyques, de nouvelles collaborations, un site internet, et qui sait, peut-être une expo…

Un mot à ajouter ?
Keep it real !


2 Commentaires


  1. Paris Tonkar magazine

    Pour connaître l’univers de Tarek : http://www.tarek-bd.fr

  2. Arts visuels: Le répertoire des 400 sites de salons, biennales, foires, festivals, marchés, symposium

    Edition 2012 est en ligne

    Il est proposé en libre téléchargement sur le site :

    http://www.salons-biennales.com

    Vous trouverez sur ce répertoire les informations suivantes :

    – Salons généralistes par tendances
    – Salons et marchés ( avec stands )
    – Bourses, prix, concours
    – Salons spécialisés
    – Ateliers portes ouvertes
    – Salons et foires à l’étranger

    Contact : Etienne Caveyrac
    http://www.visual-arts-explorer.com

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