L’urbaview #6 – GZUP

L’urbaview #6 – GZUP

Vous l’aviez peut-être découvert à l’occasion de notre Top 10 du Street Art volume 3, GZUP se dévoile pour vous dans nos colonnes. Artiste prolifique, sans concession, il nous livre un portrait au vitriol du milieu dans lequel il gravite à la marge. La sonnette d’alarme est tirée.

L’ARTISTE

Qui êtes-vous ? Habitez-vous près des lieux où vous exposez ? Quelles villes constituent vos terrains de jeu ?
J’’utilise GZUP comme nickname. Je vis en banlieue parisienne et je suis actif sur Paris.

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Comment avez-vous eu envie de vous servir des murs de la ville pour présenter votre travail ?
On va dire que je mouille dans le milieu depuis tellement longtemps, dans le tag, le graff que je me rappelle plus bien le pourquoi du comment lorsque que gamin j’’ai commencé. C’’était une façon de dire Fuck a la société. De se donner une identité, de cartonner les murs ou le métro. De la compétition pure et dure. J’’ai commencé aux débuts des années 90.
Ce que je fais maintenant reste dans la continuité des tags que j’’ai pu faire auparavant. C’est pourquoi je considère plus mes actions comme du vandalisme que de l’’art. J’’ai juste grandi et je ne me contente plus de poser un blaze sur un mur ; Je pose quelque chose de beaucoup plus graphique et d’’unique en ne créant jamais deux fois la même pieuvre.

Combien d’œuvres avez-vous créé depuis votre première réalisation dans la rue ?
J’’ai posé à mi-juillet 2012, 274 collages bois dans Paris.

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LA RUE

Pourquoi avoir choisi la pieuvre comme symbole ? Et d’ailleurs, pourquoi GZUP ?
C’’est purement un coup de coeœur sur la pieuvre du jeu Wonderboy sur Sega Master System. Ça aurait pu être n’’importe quoi d’’autre mais visuellement ça m’a plu et ça m’’a paru idéal pour ma démarche « artistique ».
GZUP en référence à la chanson « Gz’up hoes down » de l’’album Doggystyle…

Comment choisissez-vous la localisation des œuvres ?
Les quartiers populaires et fréquentés d’’abord. Ensuite en me baladant dans les rues à pied voire en bus dès que je vois un spot intéressant, je le note et j’’étudie la faisabilité.
Je m’’oriente de plus en plus vers un collage à l’’instantané ; hop je vois hop je colle ; de l’’impro. Je n’’ai pas vraiment le temps de faire du repérage donc cette technique me convient bien et ça permet de me retrouver à des endroits inattendus et vierges.

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Comment avez-vous choisi la technique de représentation qui vous est propre ?
En fait c’’est juste de l’’adaptation. Je me suis adapté aux situations et à mon milieu, aux hostilités. C’’est un peu Cro-Magnon qui commence au silex et qui revient avec un bazooka : Tu bombes : la voirie repasse un coup de peinture. Tu colles avec une échelle : la voirie s’’en fout mais les pilleurs se lâchent.
Pour finir tu colles encore et encore plus haut en diversifiant tes techniques pour rester le plus longtemps possible.

Pourquoi vous exprimez-vous dans la rue ? Exposez-vous vos œuvres ailleurs ?
C‘est comme ça lalalalala !!!! Dans la rue c’’est accessible à tout le monde que ça plaise ou non. Pour ceux à qui ça plait tant mieux, pour les autres je m’en tape.

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Faites-vous un travail d’archivage de vos productions ? Photos, site internet, cartographie des œuvres posées ?
Je prends toujours une photo mais par contre pas de cartographies, des fois je vois des photos de mes pieuvres sur certains sites ou blogs et je suis incapable de savoir où je les ai collé. Bref un peu bordélique sur ce point.

Que pensez-vous d’Urbacolors et de sa volonté de création d’un musée géolocalisé du Street Art ?
Il est toujours sympa de voir des photos de mes pieuvres sur tel ou tel site. Ce qui me dérange, c’e sont les gens qui prennent la photo et qui mettent le nom de la rue, le numéro…, Bref une mine d’or pour les pilleurs de base.

LE MARCHE DE L’ART

Vendez vous vos créations ?
Non et ce n’’est pas mon but. Maintenant, énormément de monde m’’en a demandé, des collectionneurs ou des gens qui apprécient ce que je fais. Cela m’’amène certaines fois à ne pas répondre du tout à un mail et j’’en suis désolé ; je suis un peu psychopathe et je ne tiens pas à dévoiler mon identité. Je comprends que certaines personnes puissent en vouloir et il faudrait que je trouve une solution (galeries ou autres ?)

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Que pensez-vous du Street-Art aujourd’hui ? Effet de mode ou vraie reconnaissance ?
Malheureusement j’’ai bien l’impression que l’’on en voit plus souvent en expo dans des galeries que dans la street. J’ai vu des parpaings en galerie au prix de lingots d’’or. Le street-art prend une tournure bizarre et j’’ai peur que certains s’’introduisent street-artistes uniquement pour se faire du blé et pensent avant tout à ramasser plutôt qu’’à autre chose. En tout cas, on ne pourra pas blâmer les plus anciens qui le faisaient il y a plus de 15 ans sans arrières pensées même si on ne les voient plus dans la rue.
Trop de soi-disant street-artistes se retrouvent en galerie après avoir posé en terrain vague 2 trucs ou à la craie sur le trottoir. Tellement d’’entre eux ne se sont jamais mouillés ou gelés le cul en plein hiver par passion pour le mouvement.

Quelle est votre place dans ce marché si vous estimez en avoir une ?
J’’aurai une place si un jour on me le propose. Je pense vraiment que pour revendiquer quoique ce soit il faille déjà prouver quelque chose qui en vaille la peine et le mériter. Avoir un minimum de background derrière. Il faut travailler dur et ne jamais rien lâcher.

LES AUTRES (ARTISTES, PUBLIC, AUTORITES)

Travaillez-vous en partenariat avec d’autres artistes ?
Pas vraiment. J’’aime bien bouger seul, faire ça le plus discrètement possible ; maintenant des collabs peuvent être interessantes.

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Utilisez vous des œuvres existantes pour mettre en perspective votre propre travail ?
Je m’’inspire pas mal de mangas, BD.… La base reste la pieuvre ; je mixe avec des arts différents ; Mona lisa en est un exemple.

D’’autres artistes se revendiquent-ils de votre démarche ?
Tous les colleurs de la rue, tous ceux avec les pistolets à colle et l’’échelle sous le bras. «C’’est pour ceux qui bougent pas pour ceux qui se chient dessus…»… Mafia K1fry

Quels sont vos street-artists préférés ?
Je ne suis pas trop du genre groupie. Mais force est de constater que les plus prolifiques sont ceux qui ont le plus de valeurs à mes yeux. Oré et Invader en tête. Seen en graffiti.

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Quelle relation entretenez vous avec votre public ? Quel est le regard de la force publique sur votre travail ? Police, Education nationale, Culture ?
Je préfère pas le savoir…. La nuit, 80% des voitures qui circulent sont des taxis et le reste des keufs en civil ou autres. A plusieurs reprises je rencontre des keufs lors de mes virées, ils ralentissent, ils observent ; le plus important, c’est de ne pas coller quand ils passent. Une sorte de roulette russe ; d’’autant qu’’ils prennent les sens interdits et les feux rouges donc même en blindant tout et en essayant de se synchroniser avec les feux tricolores ils peuvent te surprendre à n’’importe quel moment.
Je ne compte même pas le nombre de fois ou juste après avoir collé, ils passent ; il faut juste rester naturel sortir une clope et ne pas s’’intéresser à eux.
Mon kiff c’’est de profiter qu’’une voiture de flics vienne de passer et commence à s’’éloigner, pour courir à l’’abordage d’’un mur ; ça en fait déjà une de moins pour me griller.
Il y a des quartiers sensibles dans lesquels j’’interviens pas mal, envahis par les condés : Odéon et le quartier des Halles. Ce n’’est jamais sans risques.

LE PASSE, LE PRESENT ET LE FUTUR

Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs associés à votre travail dans la rue ?
Les meilleurs souvenirs c’’est à chaque fois que je finis ma petite tournée nocturne et que je rentre chez moi au petit matin pour aller me coucher, dès que le soleil se pointe. Le pied !
Mon pire souvenir c’’est une fois une grosse chute de l’’échelle alors que j’’étais positionné sur l’’avant dernier barreau, hop glissade.
Ça m’’était arrivé lors de mon deuxième collage de la nuit alors qu’’à chaque sortie j’’en pose au minimum 8. Je pensais m’’être pété le pied, vu la douleur et je me suis dit que si c’’était le cas j’’aurai un plâtre pendant 2 mois et qu’’il me fallait donc coller le maximum tant que le pied était encore chaud. J’’ai donc coller mes 8 prévus, difficilement en boitant et en montant à l’’échelle avec un pied niqué. Le lendemain au réveil c’’était pire je pouvais plus poser le pied à terre ; direction l’’hôpital avec un hématome sévère mais déjà moins pire qu’’un pied cassé. 2 semaines après j’’ai pu coller de nouveau.

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Quelle musique dois-je écouter pour appréciez au mieux vos œuvres ?
La musique est très importante pour moi : quand je pars en expédition collage, le son tourne à fond dans la caisse. 2PAC, Warren G, Mc Eiht, Dj Quik, Westside Connection.… En rap Francais Rohff et Big red. Un peu d’’electro c’’est sympa également pour l’’ambiance « IBIZAAAA ». Je peux également écouter du Nirvana.

Des projets pour les mois à venir ? Des expositions en préparation ?
Toujours le même train-train : coller encore et encore (toujours plus haut toujours plus fort !). Je vais également m’’attaquer à certaines villes de province… Il va juste falloir se dégager un peu de temps.

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Un mot à ajouter ?
Je salue tous mes confrères qui se bougent dans Paris et ailleurs. A ceux qui me soutiennent également.

NDLR : Les photos présentées ici ont été prises par les utilisateurs de notre application urbacolors, disponible gratuitement sur iPhone et Android


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