Marrakech - la réhabilitation et le tourisme au dépend des habitants ?

Marrakech – la réhabilitation et le tourisme au dépend des habitants ?

Si Rabat est la capitale politique et Casablanca la capitale économique du Royaume du Maroc, Marrakech en est assurément sa capitale touristique. La Place Jaama El Fnaa, le Palais de la Koutoubia ou le Jardin Majorelle attirent chaque année de nombreux touristes avides de soleil et de dépaysement ; les français sont d’ailleurs particulièrement friands de cette destination, du fait d’une proximité géographique et linguistique liée à un héritage colonial récent.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI en 1999, le pays connaît une phase de stabilité et d’ouverture. Parce qu’il est perçu comme plus sûr et stable que ses voisins maghrébins, le Maroc attire également les investisseurs internationaux. La part du tourisme dans le PIB marocain atteint à lui seul 20%.

Cet apport de devise bénéficie évidemment au pays et a permis de créer de nombreux emplois directs et indirects. L’hôtellerie et la restauration sont les premiers secteurs bénéficiaires mais une grande partie de l’activité économique vit au rythme du tourisme : Souks et boutiques de souvenirs, guides, loueurs de voitures, taxis. Pour atteindre l’objectif fixé pour 2010 visant à créer 600 000 emplois dans le pays, le Maroc envisage d’au moins doubler sa capacité hôtelière en créant 80 000 chambres, dont 60 000 en bord de la mer au coeur de six complexes balnéaires. Le quart restant devrait se concentrer dans les villes impériales (Fes, Meknes, Marrakech, Rabat) et en secteur rural.

Ainsi, à Marrakech, de nombreux hôtels rivalisant de luxe et d’innovation sont construits pour héberger touristes et hommes d’affaires. Ces hôtels s’insèrent en général dans le tissu urbain existant, à proximité des monuments historiques  de la ville. Parallèlement, au coeur des Souks* historiques et de la Médina*, un grand nombre de Riads* sont rachetés par les investisseurs qui les transforment en résidences secondaires ou chambre d’hôtes. Au sud des remparts, en face de l’Oliveraie, c’est un quartier de deux kilomètres de long sur 500 mètres de large qui est en cours de réalisation, en partie financé par l’émirati Damac Properties qui projette d’investir 1,2 milliard de dollars dans des projets immobiliers et touristiques de Marrakech, Agadir et Fès. D’autres grands projets immobiliers fleurissent en périphérie pour proposer aux riches étrangers de posséder un appartement ou une villa avec une vue sur l’Atlas et un accès privilégié au golf, équipement central structurant l’ensemble.

Cette effervescence immobilière est donc source de développement et de profit mais n’est pas sans poser quelques questions d’ordre environnemental, urbanistique ou social. Tout d’abord, la réalisation de golfs dans un pays frappé par un stress hydrique* important interpelle. Vaut-il mieux arroser des greens pour satisfaire quelques privilégiés ou bien permettre un accès à tous à l’eau potable?

Par ailleurs, l’étalement urbain et l’imperméabilisation à outrance des sols sont-ils les meilleures réponses à la demande de structures d’hébergement dans une région régulièrement soumise aux crues des différents oueds ?

Enfin, dans le centre ancien, dans quelle mesure est-il préférable de favoriser une réhabilitation des bâtis impliquant une dévitalisation et repoussant toujours plus en périphérie les véritables acteurs de la cité ?

Le tourisme est donc, dans les pays en développement plus qu’ailleurs, à la fois synonyme de richesse et d’exclusion. Ceux qui ont su prendre le train en marche ont vu leur niveau de vie s’améliorer et tendent à consommer et vivre comme les touristes qu’ils côtoient. Ceux qui n’ont pas pu ou su s’adapter aux nouveaux impératifs de la demande mondiale de vacances et de soleil en subissent les conséquences. Gageons que les pouvoirs locaux sauront trouver un équilibre pour que la majorité des habitants de Marrakech y trouvent leur compte.

* Souk : Quartier commerçant d’une ville arabe, chaque rue étant spécialisée dans un type de produits
* Medina : Désigne une ville ancienne par opposition à une ville moderne de type européen
* Riad : Grande demeure traditionnelle dans la médina caractérisée par une décoration intérieure fascinante, un jardin avec une fontaine au centre.
* On parle de stress hydrique quand la demande en eau dépasse les ressources disponibles.

Sources : Wikipédia, Le Monde Diplomatique

Photos : A. Michaud, Keipos, simon_music


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