Pour une métropole francilienne plus intense

Pour une métropole francilienne plus intense

Installé depuis février 2010 au Palais de Tokyo, l’Atelier International du Grand Paris et des Projets Architecturaux et Urbains a pour mission de favoriser débats, recherches, initiatives, propositions sur les enjeux urbains du devenir du Grand Paris, pour prolonger, faire fructifier et développer le capital d’idées rassemblées lors de la consultation internationale de 2008 sur « Le Grand Pari(s) de l’agglomération parisienne ».

Bertrand Lemoine, son Directeur Général rappelle que l’AIGP a vocation à associer à parité l’Etat et les collectivités territoriales. Son Conseil scientifique réunit les dix équipes pluridisciplinaires d’architectes, d’urbanistes, d’économistes et de chercheurs qui ont participé à cette consultation. Ce jeudi 28 avril 2011, l’Union Régionale des Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement d’Ile-de-France invitait collectivités territoriales et experts du foncier et de l’urbain à échanger sur le thème de l’Intensité. Retour sur ce séminaire passionnant et éclairant à plus d’un titre.

A quelles conditions les outils réglementaires permettent-ils d’intensifier la métropole ?

Lors des travaux au sein de l’AIGP, la quasi totalité des 10 équipes d’Architectes insistent sur la nécessité de bâtir la ville sur la ville, ce qui place d’emblée l’intensité au coeur des débats. Les relations entre densité et espaces ouverts sont ainsi primordiales dans ce nouveau modèle de ville, véritable fil rouge du futur de la métropole parisienne.

Jean-Michel Payet, Directeur du CAUE 93, souligne quant à lui que l’intensité urbaine est directement liée au développement durable par la lutte contre l’étalement urbain et la diminution des déplacements induits. Afin de ne pas tomber dans le travers de l’approche mathématique de la densité, il propose d’insister sur l’analyse qualitative de cette notion : Une ville dense permet la réalisation d’espaces publics et verts de qualité, le développement d’une mixité fonctionnelle, sociale et générationnelle épanouie et une mise en valeur de la richesse patrimoniale des lieux.
Autre clé de valorisation de cette ville dense, la qualité architecturale du bâti et la diversité des typologies et des morphologies doivent prendre en compte le besoin d’intimité des futurs habitants par la création d’espaces privés appropriables. Chacun doit pouvoir se sentir chez soi.
Il appelle donc un changement d’échelle de la réflexion sur la ville, rappelant les travaux ponctuels de Jean Nouvel et Jean Renaudie, terreau d’une nouvelle culture architecturale et urbaine à même de faire émerger de nouvelles formes à vivre.

Jean-Sébastien Soulé, Directeur du CAUE 92, se focalise sur son département. Il rappelle que le tissu urbain alto-séquanais est diffus et très diversifié. La moitié de cet espace urbanisé est occupé par de l’habitat individuel. Les marges d’évolution y sont donc réduites mais la mutation de seulement 5% de ce territoire permettrait la réalisation de 30.000 logements nouveaux. La protection des espaces naturels, parfois abusive, est également un frein à la densification, notamment au sein des cœurs d’ilots. Enfin, les espaces autour des gares sont trop souvent sous-exploités, en particulier autour de 11 d’entre elles où le COS est très faible. Dans un contexte de crise chronique du logement, la mutation de ces espaces est donc primordiale à ses yeux.

Vincent Fouchier, Directeur Général Adjoint de l’IAU, estime quant à lui que la question de l’intensité est dans les esprits. Il est donc nécessaire de savoir comment intensifier le tissu urbain. Le grand changement législatif et réglementaire des lois Grenelle offre les outils pour y parvenir. Néanmoins, il est primordial de ne pas mélanger le concept de densité avec ceux de morphologie, d’organisation et de forme urbaines, ni confondre densité du bâti et densité de population afin d’éviter l’écueil de la référence des grands ensembles, repoussoir classique pour les habitants. Densité urbaine et densité végétale doivent être intimement liée afin de faire accepter le concept d’intensité.
La question des lieux d’intensification est également de premier ordre. Aussi, afin de répondre aux enjeux de la baisse tendancielle de la taille, l’une des réponses est la densification du cœur d’agglomération par la réalisation de petits logements. La prise en compte des lieux d’emplois est un autre point crucial si l’on veut lutter efficacement en faveur du développement durable. En effet, densité et mobilité sont intimement liées. La motorisation des ménages est beaucoup plus faible en milieu dense et pourtant les temps moyens de déplacements pendulaires (domicile-travail) sont à peu près semblables à ceux des ménages de la périphérie. La ville dense est donc lente.
Partant de ces différents constats, le projet régional soutient un développement compact de la métropole. La densification prioritaire est orientée autour des gares. Il s’inspire notamment de projets à l’étranger afin de faire évoluer les mentalités (Toyama – intensification le long des lignes de tramway et animation des centres-villes, Londres – densité plus forte autour des gares, Hong-Kong – Prime de constructibilité pour les projets intégrant des espaces publics de qualité, Barcelone – Primes pour les projets incluant des logements sociaux et des activités technologiques…)

Emmanuel Acchiardi, Directeur Adjoint de l’Unité Territoriale de l’Equipement et de l’Aménagement des Hauts-de-Seine, estime lui aussi que les outils sont nombreux et rendent la démarche d’intensification acceptable si elle est liée au processus de concertation avec la population. Les Architectes Urbanistes doivent donc faire preuve de pédagogie. La séquence Agenda 21 – Plan Climat peut ainsi permettre de combattre les idées reçues en amont de l’élaboration d’un Plan Local d’Urbanisme ou d’un SCOT, outils de référence pour promouvoir l’intensité. L’aspect économique n’est pas à oublier pour autant, le concept du « Build In My BackYard » (BIMBY) semble prometteur pour valoriser les parcelles du tissu pavillonnaire.

Les réponses des élus

Monsieur Le Maire des Mureaux (78) met en lumière l’absence de réponses des 10 équipes d’Architectes de l’AIGP au sujet de la monofonctionnalité des autoroutes. Il propose par ailleurs de s’appuyer sur le réseau de lignes de chemin de fer existantes pour développer les échanges au cœur de la périphérie. Il regrette également que la Seine soit quelque peu oubliée dans les différents projets. Il met aussi en garde contre la « tribulisation » et en appelle à la fin des équipements de quartier afin d’accroitre la mixité au sein des villes tout en augmentant leur mutualisation. En conclusion, il souhaite attirer l’attention sur le fait que les villes situées entre Le Havre et Paris ne doivent pas être uniquement vues comme des communes servantes.

Monsieur le Maire de Trilport (77) pense que les élus doivent insister sur l’affect dans leurs projets d’EcoQuartier. Dune manière plus globale, chaque projet de ville doit donner envie aux futurs habitants, actifs et utilisateurs des équipements publics. L’activité agricole ne doit pas être écarter des projets d’urbanisation car ils permettent d’équilibrer les espaces urbains et les espaces verts. Le projet social doit également être au cœur de la problématique de la ville dense.

Monsieur Jacques Bouchet, Maire des Essards-le-Roi (78) estime quant à lui que les communes de petite taille sont confrontées à l’opposition de la mentalité villageoise des habitants et des préoccupations des élus, gestionnaire d’une ville et de l’ensemble de ses problématiques, proche des communes de taille bien plus importante. Il souligne le fait que sa commune qui n’est pas soumise à la loi SRU concernant la réalisation de 20% de logements sociaux s’engagé dans cette voie de la mixité car il juge que c’est une nécessité au sein de la métropole parisienne. Les lieux d’emplois doivent néanmoins être situés à proximité des lieux de vie afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Gilles Montmory de l’Atelier d’urbanisme de la ville d’Ivry sur Seine (94) insiste sur la concertation en soulignant que les habitants on parfois tendance à penser que l’intensité caches des idées négatives. Le partage de cette notion est donc primordiale car de nombreux d’habitants ont peur du rétrécissement de leur espace de vie. Au contraire, à son sens, le choix politique de l’intensité urbaine signifie l’ouverture de nouveaux îlots, autrefois occupés par des infrastructures ou des emprises industrielles. Ainsi, la ville se développe de l’intérieur, s’agrandit, s’aère sans s’étendre, améliorant la vie de tous en offrant de nouveaux espaces de rencontre, de promenade et de détente. Le surcroit de densité s’accompagne d’une augmentation du nombre d’équipements, d’espaces de mobilité et d’espaces publics.

Les élus de Bagneux estiment quant à eux que la pédagogie prime dans les projets urbains. Leur projet de ZAC à proximité de la ligne 4 du métro ainsi que d’une future gare du Grand Paris Express a été largement débattu au sein d’ateliers thématiques participatifs. Le « Pour qui » est primordial dans ce type d’opération.

Gilles Bouvelot, Directeur Général de l’EPFIF rebondit sur la thématique des clusters, éléments phares du projet du Grand Paris. Intensité rapportée à une thématique, elle est génératrice d’une plus value urbaine si elle est couplée à la mixité, qu’elle soit sociale, générationnelle, fonctionnelle. Il pense également que la densité verte, pendant de la la densité urbaine, doit être pensée en 3D, à l’image du projet de Norman Foster. Ceci doit rendre la ville dense désirable, en passant par ailleurs par le développement des espaces d’intimité.

Madame Cotte de Massy (91) s’interroge à propos du lien entre intensité et qualité architecturale et met en garde contre la saturation de la mobilité associée au développement de la densité. Olivier Waintraub, Directeur de Développement IDF du groupe Nexity estime qu’un élément de réponse réside dans la manière dont les concours d’aménageur sont formulés. En plaçant la qualité du projet avant le prix de la charge foncière, les communes peuvent ainsi choisir le meilleur projet, non d’un point de vue uniquement économique, mais aussi d’un point de vue social et écologique.

Pour Monsieur Moutard de l’AREP, associé à l’équipe de Jean Nouvel, c’est la transformation des espaces existants qui doit être soutenue dans le processus d’intensification de la métropole. Il faut s’appuyer sur les infrastructures existants en trouvant les bons leviers.

Pour le Maire de Brétigny-sur-Orge (91), il est nécessaire de bien placer le curseur de la densité afin d’équilibrer les opérations d’aménagement. De même, il est délicat de trouver le juste milieu quant à la thématique des transports et la promotion des déplacements doux car rien ne garantit que les futurs habitants trouveront un emploi à proximité de leur futur logement. Antoine Prenant, chargé d’opération à la Sorgem, aménageur de l’opération souligne la difficulté du phasage de la ZAC consistant à réaliser les équipements et les commerces en amont avant la réalisation complète du quartier. Cela permet de changer l’image delà ville mais comporte un coût élevé.

Le Maire de Romainville propose lui de penser l’intensité à l’échelle de la commune et non d’un quartier au travers d’opérations tiroirs permettant de dédensifier certains quartiers pour intensifier l’ensemble via la création de nouveaux équipements. Le Maire de St-Cloud insiste quant à lui sur le rôle primordial du droit de préemption renforcé en milieu dense et de l’importance des conseils des CAUE.
Bertrand Lemoine conclut la séance en invitant les différents participants à se retrouver le 16 juin lors d’un débat public permettant de confronter l’ensemble de ces idées avec les habitants, dans un processus large de concertation. Rendez-vous est donc pris après cette après-midi particulièrement intense.


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