Re-construire le web avec « building maker »

Re-construire le web avec « building maker »

Chargé d’études au sein d’un bureau d’études spécialisé en Urbanisme, j’ai suivi une formation qui m’a mené à étudier la géographie et l’urbanisme entre 1999 et 2005. J’ai ainsi appris à analyser un territoire afin d’en synthétiser les atouts et les enjeux dans le but de répondre à ses besoins pour les années à venir.

Dans ce cadre, les cours qui m’étaient dispensés m’ont permis de me familiariser avec des outils d’analyse spatiale. Je révais alors d’un logiciel de photographie aérienne de suffisamment  bonne qualité pour faciliter le travail de terrain.

Aujourd’hui, les étudiants qui ont choisi de suivre le même cursus doivent à coup sûr apprécier l’incroyable résolution des images proposées par Géoportail, Microsoft Virtual Earth ou le couple Google Maps / Google Earth.

Ainsi, la photo aérienne, au même titre que le GPS, apporte une vision nouvelle de l’espace qui nous entoure. Au delà de la curiosité qui nous pousse à chercher la maison de nos parents ou la statue de la Liberté, ces nouvelles images suscitent de nombreuses questions et mettent en lumière de nouveaux enjeux.

Elles sont régulièrement mises en cause suite à des cambriolages préparés grâce à elles. Elles sont également prise à partie par des célébrités peu enclines à dévoiler les secrets de leurs villas, jusqu’alors protégées par d’imposantes clôtures. Certains passants ont même intenté des procès contre Google pour avoir été pris en photo par les voitures en charge de la mise en place de Street View. Le respect et la protection de la vie privée sont donc des enjeux importants qui devraient continuer à faire grincer des dents tous ceux qui souhaitent ne pas ouvrir leur porte au premier venu.

A l’inverse, ces photos sont un outil de découverte du monde avec ses merveilles et ses catastrophes. C’est un moyen a priori objectif pour se faire une opinion sur la déforestation amazonienne, le recul des glaciers ou bien découvrir la Grande Muraille de Chine. C’est également un levier pour comprendre les défis géopolitiques et les tensions frontalières en de nombreux points du globe. Un nombre toujours croissant de professionnels des territoires utilisent presque quotidiennement ces services pour étudier la structure géologique, les moyens de communication ou bien le relief d’un espace donné.

Aujourd’hui, Google franchit un nouveau pas avec l’entrée en service d’un nouveau logiciel nommé toujours si sobrement « Building Maker ».

Ce dernier a pour fonction de permettre à n’importe quel internaute muni d’un navigateur web et d’un module Google Earth de créer des bâtiments en 3D qui seront ensuite visible par tous via l’application du même nom.

L’idée est d’accélérer la modélisation en trois dimensions du monde entier, qui était jusqu’alors concentrée sur quelques villes et réalisée par les ingénieurs de l’entreprise américaine. La réalisation de bâtiment est très aisée, si l’on ne s’attaque pas à mise en 3D de la Sagrada Familia pour son coup d’essai. Concrètement, il suffit de choisir un bâtiment dans l’une des cinquante communes disponibles actuellement. Ensuite, il suffit de positionner les angles d’une forme prédéfinie sur la construction photographiée et  de répéter l’opération selon 6 angles. Le logiciel se charge alors de l’application des textures. Reste l’étape de validation par Google qui choisit in fine de faire apparaître le bâtiment au sein de Google Earth. L’internaute pourra alors voir son nom mentionné sur la fiche de présentation de l’immeuble ou de la maison réalisé.

Le géant américain s’appuie donc sur une méthode de collaboration bénévole pour accélérer la modélisation de notre planète, un peu à la manière de Facebook qui avait proposer à ses utilisateurs la traduction de ses pages. Mais au delà du gain de temps, et donc de la réduction des coûts de production, quelles peuvent être les motivations du numéro Un de la recherche sur le web ?

En effet, Google Earth est gratuit et n’affiche aucune publicité lors de son utilisation, à l’inverse de Google Maps. La valeur ajoutée est donc ailleurs. Aussi, on peut imaginé que l’entreprise américaine prépare une évolution majeure dans la façon de naviguer sur Internet. Un manière tellement nouvelle, ludique et simple que les internautes auraient du mal à s’en passer, au même titre que Facebook par exemple.

Ce web 3.0 pourrait ainsi être un internet territorialisé, une sorte de double virtuel de notre monde. Et les sources de profit seraient à la hauteur de la révolution logicielle. Les annonceurs n’auraient plus à respecter les règlements de publicité pour installer des panneaux dans des rues virtuelles. Les agents immobiliers pourraient organiser des visites virtuelles de leurs appartements à louer. Les personnes qui cherchent à acheter un terrain pour y construire pourront accéder aux différentes règles d’urbanisme liées, obtenir des devis auprès d’entreprises du BTP et un prêt pour le financement de l’achat, directement auprès de la banque la plus proche.

L’étape suivante pourrait être la création d’un avatar permettant de se déplacer dans ce double de ville afin d’y faire des achats dans des magasins virtuels. Le e-commerce prendrait donc une forme plus réelle qu’à l’heure actuelle, améliorant encore la rentabilité de ces boutiques numériques. Google pourrait ainsi louer des espaces commerciaux avec des baux commerciaux et générer des bénéfices que l’on imagine colossaux.

D’un outil de connaissance et d’information, on passerait donc à un espace ouvert à l’offre et la demande, générateur de profit pour les uns et d’exclusion pour les autres, sans parler du danger de la position monopolistique de l’entreprise américaine.


Les commentaires sont clos.