SU#1 - Hausermann - Des hauts et débats à Douvaine

SU#1 – Hausermann – Des hauts et débats à Douvaine

Dernier épisode de notre dossier consacré à Pascal Hausermann et au projet urbain de Douvaine. Après les études, place à la réalisation ! A partir de l’été 1972 tout se débloque et le projet se concrétise. En juillet, le Conseil Municipal donne son accord sur les propositions de l’Assemblée Générale de l’Association des Sociétés concernant la construction de la salle polyvalente sur les terrains communaux au lieu-dit « Voinier » et le chantier démarre début 1973. Le planning de construction fixé prévoit : mars 1973 : rédaction du cahier des charges et signature des marchés ; avril : intervention de l’entreprise Zanni ; juin : mise en place de la charpente par l’entreprise Salino ; juin : couverture par l’entreprise Detraz ; août : second œuvre et finition ; septembre : fin du chantier. Le chantier est ouvert officiellement le 1er avril 1973 et les corps d’état se succèdent.

La frénésie

En mai 1974, le Conseil Municipal confie à Pascal Hausermann le soin de dresser le projet de l’auberge de campagne et en octobre de la même année, le Maire soumet à l’appréciation de l’Assemblée de l’Association l’avant-projet d’école maternelle dressé par Mme Claude Hausermann-Costy, suite à une collaboration menée avec l’inspectrice départementale des écoles maternelles pour l’élaboration du projet. Parallèlement, le projet d’ensemble et les objectifs s’affinent. Le centre commercial, culturel et sportif sera projeté en tenant compte de la prévision de croissance démographique devant atteindre en 1985 les 5 000 habitants. Cet accroissement démographique dû au phénomène frontalier et à la nouvelle fonderie demandant trois cent logements au printemps 1974 , conforte la volonté de la commune de suivre les souhaits du VIème plan appelant à plus de mobilité, à la transformabilité et à de nouvelles formes de loisirs et de culture.

Les solutions de financement du centre commercial sont définitivement retenues. Il s’agit de catalyser des financements privés en louant gratuitement ou généreusement les terrains communaux pour des implantations commerciales pures ou mixtes (piscine et restaurant pour la rentabiliser ; salle polyvalente et cinéma, etc). Ce système permettra de faire rentabiliser les crédits d’état par le secteur privé avec un raccord de participation de la commune sur les bénéfices.

Pour favoriser l’initiative privée, une proposition souple et adaptable est faite aux futurs participants. L’infrastructure de base avec aires de stationnement et circulations, comportant arrivée et évacuation de fluides, est complétée par des superstructures souples tels que des locaux commerciaux mobiles, des salles déformables et démontables. Tout cela étant proposé en amont via des maquettes destinées aux personnes intéressées.
Des subventions de la Direction départementale de l’agriculture sont débloquées. La salle des fêtes pourra être un foyer rural au sein d’une opération de groupe permettant une subvention de 25% pour l’Association. Le reste du coût pourra être obtenu sous forme d’un prêt contracté au Crédit agricole moyennant des intérêts de 7% en 20 ans. La place pourrait être quant à elle subventionnée à 10 ou 30% de son coût, le reste devant être emprunté au Crédit agricole à faibles intérêts sur 15-20 ans.

Fin 1974, la salle des fêtes achevée, les négociations commencent sur l’implantation de l’école maternelle à quatre classes de Claude Hauserman-Costy. Les premières voix s’élèvent parmi le conseil municipal contre l’architecture projetée. M. Lazzarini est contre la nomination de Mme Hausermann comme maître d’oeuvre de l’école et est hostile au parti retenu. M. Rossiaud y est également opposé, il juge le projet « trop onéreux, mal intégré et aux plans fantaisistes ». M. Miguet rappelle l’avis de l’inspection académique sur l’avant-projet de l’école maternelle : « la conception de cette école très originale est extrêmement intéressante en raison des principes directeurs qui ont conduit à son élaboration. De plus les perspectives d’évolution qu’offre ce projet sont fort séduisantes. »

En décembre 1974, les travaux de la place n’ont toujours pas commencés. M. le Maire précise que pour ne pas perdre le financement acquis du Conseil Général pour les travaux d’aménagement de la place publique projetée au sud de la Mairie, le Conseil Municipal doit faire connaître d’urgence son avis sur l’opportunité de réaliser cette place ainsi que les arcades commerciales, terrasse, mât et tente rétractable. M. le Maire donne ensuite lecture du rapport d’aménagement touristique des grands lacs établi par la DDE et qui retient Douvaine en N°1 pour la construction d’une piscine.

La discussion étant ouverte, M. Lazzarini intervient pour déclarer qu’il considère les différents équipements envisagés aux abords de la Mairie utiles mais beaucoup trop serrés et dont la conception architecturale n’est pas à sa convenance. M. Rossiaud fait part de son opposition aux deux projets tels qu’ils sont conçus. M. Gurliat estime que la place publique et la piscine doivent laisser la place à d’autres équipements à caractères sociaux ou utilitaires tels que le réseau routier, le groupe scolaire primaire, les trottoirs, l’éclairage public, le centre d’accueil des personnes âgées, la crèche, etc. Par ailleurs, il fait part du constat que les travaux effectués par M. Hausermann « se soldent par une pénible impression d’imprécision, d’à peu près, pour ne pas dire d’amateurisme ». M. Meyrier demande s’il n’est pas possible de remettre en cause le choix de M. Hausermann.

Dans sa réponse M. le Maire fait remarquer que l’originalité de l’architecture est un puissant facteur de publicité en faveur de Douvaine et qu’elle n’entraîne pas un coût de réalisation supérieur à celui des constructions traditionnelles, que la place publique démontre son utilité par des facilités offertes pour l’installation de petits et moyens commerces et sa rentabilité par l’apport de nouvelles patentes et des loyers des terrains concédés. Quant à Hausermann, il estime souhaitable de lui confier la réalisation de chaque équipement car ils constituent un tout difficilement dissociable en raison de leur conception architecturale. Vote à bulletin secret, la majorité est atteinte avec sept voix contre cinq (Lazzarini, Rossiaud, Gurliat, Chevalley, Meyrier). La proposition de M. le Maire est adoptée. La place publique circulaire de 2 000 m² sera entourée d’arcades permettant l’implantation très libre d’une cinquantaine de commerces, lieu de rassemblement privilégié pour les piétons, en plein air mais à l’abri des intempéries sous une tente rétractable arrimée à un mât sculptural de tension dominant la place à 30 mètres de haut.

Le terrain nécessaire à l’implantation de l’école maternelle est acquis en mars 1975 et en septembre, le projet d’exécution et de financement est approuvé et l’appel d’offres pour la construction d’une école maternelle de quatre classes est lancé. Début 1976, les deux premières tranches de la construction du centre commercial et de la place publique sont approuvées. L’école est en construction et sera à achever en juin 1977 pour être opérationnelle à la rentrée de la même année.

La fin

En mars 1977, l’équipe municipale change, M. Miguet est débouté. En mai 1977, le nouveau maire, M. Gurliat, indique que le conseil municipal va être appelé à se prononcer sur l’arrêt des travaux de la place publique. La construction du mât est stoppée, les tripodes déposés, la chaufferie centrale non réalisée… Suit alors une longue intervention du Dr Miguet en faveur de leur poursuite. Il propose un amendement visant au renvoi de la décision pour étude. L’amendement est refusé par vote à main levée. Sept conseillers décident de quitter la séance en manière de protestation contre l’insuffisance de l’examen de ces problèmes. Le nouveau maire M. Gurliat demande au Conseil la possibilité de poursuivre ces conversations avec l’architecte en vue de l’arrêt des travaux tels que conçus dans le plan original et l’étude d’une nouvelle orientation mieux appropriée aux besoins sociaux et économiques et aux possibilités financières de la commune. Vote favorable à l’unanimité. M. Gurliat souhaite également remplacer la chaufferie centrale de la base du mât, trop coûteuse, par une chaufferie indépendante pour desservir l’école maternelle.

Le projet de chaufferie indépendante pour l’école maternelle est adopté en juin 1977, les entreprises de maçonnerie et d’étanchéité ont cessé toute activité. Le conseil municipal contracte un nouvel emprunt pour financer la suite de la construction. Le chantier de l’école prend du retard et l’ouverture de l’école pour la rentrée 1977 ne pourra pas se faire. En août 1977, le marché de travaux conclu avec la Société Nouvelle de Construction pour l’école et la place est résilié, les travaux de maçonnerie restants sont confiés à une autre entreprise. Le maire informe le Conseil de l’intention manifestée par l’Association des Sociétés de Douvaine de faire appel à un avocat pour intenter une action en justice en vue de régler le problème d’étanchéité de la couverture de la salle polyvalente.

Début 1978, M. Hausermann se désintéresse de l’affaire suite à l’arrêt des travaux. La Société Nouvelle de Construction a été mise en liquidation judiciaire de biens. La démolition de l’embryon de tour coûte 18 000 FF alors que l’aménagement de la partie existante aurait coûté 82 600 FF. Le conseil municipal décide de l’arrêt des travaux et de l’étude par la commission d’urbanisme du réaménagement global de la place publique. La résiliation du contrat d’architecture entre la commune et Pascal Hausermann a lieu le 21 septembre 1978.

Une difficulté n’arrivant jamais seule, ses clients ont de plus en plus de difficultés à obtenir des permis de construire. Ceci le contraindra à s’éloigner de l’architecture. Aujourd’hui, Pascal Häusermann partage sa vie entre Genève et Madras où il recommence à construire.


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