SU#1 - Hausermann - Habiter aujourd’hui et demain

SU#1 – Hausermann – Habiter aujourd’hui et demain

Le projet d’une ville nouvelle par Pascal Hausermann s’appuie sur une critique sévère de l’existant qu’il considère comme le chaos. De nombreux illogismes, une absence de corrélation entre forme et utilisation et les choix arbitraires de l’administration rendent la ville illisible et anarchique. En 1945, un afflux de citadins nouveaux a fait éclater les villes et en sous estimant le nombre d’automobiles, les villes se sont peu à peu asphyxiées. L’habitat collectif de la reconstruction a, selon Hausermann, finit le travail en rendant la ville inhumaine, invivable et incapable de rendre ses habitants heureux.

Habiter aujourd’hui, la ville traditionnelle

Dans son ouvrage « Habiter », Pascal Hausermann énumère les éléments constitutifs de la ville et soulève leur dysfonctionnement ou incohérence. Le premier point problématique que Hausermann soulève est la technique constructive employée pour édifier nos logements.

« Si les techniques ont fait un pas de géant à l’échelon industriel […], le résultat construit est encore apparenté […] à l’aspect que nos ancêtres ont connus. » « Nous sentons que l’habitat d’aujourd’hui qui s’inspire encore de l’habitat d’hier, ne pourra plus être celui de demain. » « La forme la plus courante d’habitation individuelle est la maison en dur couverte d’un toit à deux ou quatre pans. Cette forme a été déterminée par l’utilisation la plus rationnelle de la pierre telle qu’on la trouve à l’état brut (cailloux de rivière, roches éclatées, etc) et du bois dans sa forme naturelle (troncs et branches). Traditionnel dans l’âme, l’Homme a alors copié la pierre et le bois avec des matériaux nouveaux qu’il a découvert afin de continuer à construire selon cette forme. »

Dans la forme des pièces de l’habitation traditionnelle, Hausermann voit également un manque d’adaptation au nouveau mode de vie. Toutes les pièces sont cubiques, pouvant recevoir n’importe quelle fonction par l’ajout de meubles rapportés. Or comme le précise Jean Fourastié « La maison traditionnelle était essentiellement un abri […]. Elle protégeait mais elle ne servait pas. La maison moderne, au contraire, n’est un abri que secondairement, mais elle a un rôle dynamique qui est de rendre des services à ses habitants : la maison devient une machine. »

Les circulations sur terre (route, rue, chemin), fer, air et eau bien qu’ayant énormément progressées et fournit des solutions de transport en commun techniquement évoluées ne résolvent pas le problème du transport urbain de masse. Les embouteillages, retards, paniques et mouvements de foule sont le lot courant des citadins de nos villes. La solution pour Hausermann réside dans la mise en place de transport urbain public continu tel que des trottoirs et escaliers roulants assurant une fluidité et une continuité dans les déplacements des citadins.

La voiture et sa propagation rapide et désordonnée constituent un second problème mal résolu. Mêler voiture et piéton avec les dangers, la pollution et le besoin de place (parking) que cela induit semble pour Hausermann une mauvaise solution. Il propose une circulation en couches : les piétons au sol et les voitures dans les airs. La circulation s’effectuera en couches séparées et superposées : des cheminements tridimensionnels mécaniques pour les piétons uniquement et des véhicules volants dans le ciel. La circulation aérienne sera répartie en couches en fonction des destinations et des usages.

« La technique et l’industrie nous permettent déjà de répondre aux nouveaux besoins de l’homme en matière d’habitation. Mais de son côté, ce dernier doit faire un effort psychologique pour oublier les formes d’antan, car les matériaux nouveaux, qui offrent, par ailleurs tant d’avantages, imposent des formes et des structures nouvelles qui ne sont pas désagréables mais auxquelles il faut s’adapter. »

Habiter demain, la ville évolutive

Les unités s’accrochant de manière aléatoire à la structure tridimensionnelle porteuse sont des Domobiles, ces bulles constituées à partir de coques assemblées formant logements ou équipements. Un catalogue illustrant toutes les pièces disponibles est édité pour le grand public, proposant de l’élément premier, la coque en polyester jusqu’aux circulations. Il propose des cellules prééquipées et des éléments de connexion. La ville du futur sera un agrégat de Domobiles. «Dans un premier temps, la nouvelle ville entourera l’ancienne ville. Les centres anciens seront donc appelés à mourir peu à peu.» Les zones de densité entraîneront l’élargissement des mailles. Logements, commerces et stockage sont industrialisées et glissés dans la structure tridimensionnelle. Les locaux de commerces et de travail seront accrochés au cœur de la ville où la lumière naturelle est moins présente tandis que les logements seront au sommet de la ville. Jadis stable et durable la ville sera perpétuellement en mouvement et privilégiera le développement personnel de ses habitants et de la « communauté intellectuelle urbaine ».

Les idées directrices en matière d’urbanisme tiennent compte d’une évolution démographique et urbaine qui doit amener avec elle l’avènement d’une nouvelle « communauté intellectuelle urbaine au sein de la société de loisirs post-industrielle ». Les pouvoirs publics et l’industrie du bâtiment trop réglementés entravent le processus d’évolution et de créativité. Leur puissance pourrait être amoindrie si une industrie à grand rendement lançait sur le marché une immense quantité de cellules habitables et bon marché. Cette « architecture pirate » comme la nomme Chanéac serait conforme au style de vie de la nouvelle communauté intellectuelle.

En ce qui concerne les agglomérations cellulaires, Pascal Hausermann veut garantir l’expansion individuelle en suggérant qu’avec l’achat d’une unité habitable, la « colonne d’air » qui lui correspond puisse être également acquise (jusqu’à une hauteur déterminée). Ainsi, on peut plus tard continuer une expansion en hauteur. En outre, des surfaces dites « imaginaires », encore inoccupées, devraient être mises en vente pour permettre au « propriétaire d’espace » de transformer ou d’agrandir son bien sans se heurter au voisin. Des rapports amicaux et une aide réciproque doivent favoriser la planification et la réalisation de ces projets imaginaires.

Dans les villes évolutives de Pascal Hausermann, l’Homme est épanoui et vit en contact avec la nature dans une société libérée des contraintes administratives et règlementaires et où le voisinage est la seule politique urbaine. L’habitant aura un autre statut. Libre, actif et responsable, son logement sera le reflet de son nouveau mode de vie et non de la soumission aux contraintes et réglementations imposées par l’administration. La nouvelle « société de l’Esprit » sera basée sur l’échange. La machine aidant l’Homme dans ses activités physiques puis l’évinçant, l’Homme se tournera vers des occupations intellectuelles et ses occupations seront de plus en plus orientées vers les loisirs et la liberté intérieure.

« Le seul moyen de d’arriver à un urbanisme véritablement réaliste, actif et cohérent est de rendre l’individu seul responsable de son environnement. L’habitant devrait être libre de choisir le lieu et la manière d’y habiter car actuellement ce sont les « non utilisateurs » qui décident ».

Suite de notre dossier à Pascal Hausermann demain !


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