Buffalo (New York), Cleveland (Ohio), ou encore la symbolique Detroit (Michigan) sont les exemples les plus probants du mal qui touche ces villes sinistrées de la « Rust Belt » du nord-est des Etats-Unis. Le déclin, puis le départ des principales industries, ont laissé ces grandes cités ouvrières au passé glorieux complètement K.O.
Buffalo était en 1960 la 12ème ville des Etats Unis avec une population supérieure à 600 000 habitants. Aujourd’hui, elle se positionne au 70ème rang avec tout juste 250 000 âmes.
La convergence d’un malaise économique, de la dégradation de l’environnement urbain, de la fragmentation sociale et surtout de la fuite de la population vers des contrés plus prospères a mis en place un cercle vicieux qui s’est avéré difficile à briser. En effet, cette angoissante perception que renvoie la ville décourage de nouveaux investisseurs et réduit les opportunités économiques, bloquant l’émergence d’une image positive.
Aujourd’hui, environ 20% de la ville de Buffalo (soit 14 km2 sur 68 km2 de surface totale) sont des friches urbaines, des terrains vagues. La majorité de la vacance urbaine est principalement située à l’Est de la ville, dans la « East Side ». Accolée au downtown (centre-ville), il s’agit de la partie la plus pauvre de Buffalo gangrenée par les gangs, et dont le contexte urbain n’a rien à envier aux décors de la fameuse série « The Wire » (H.B.O) se déroulant à Baltimore, autre ville sinistrée de la côte Est des Etats-Unis. Malheureusement, la mésaventure de la ville est devenue son image.
Paradoxalement, la vacance de la « East Side », sa localisation ainsi que l’aspect rural que renvoie ce paysage urbain atypique sont sans doute l’un des principaux atouts que détient la ville pour se réinventer.
Malgré une population enthousiaste éprouvant un fort désir de changer cette perception et l’intention de la municipalité de faciliter la création de futures fermes urbaines dans le nouveau plan d’occupation des sols, il semble difficile d’inverser la tendance.
En effet, faire évoluer le code de l’urbanisme local (qui n’avait pas été revu depuis les années 60) apparaît insuffisant pour signaler aux investisseurs l’amorce d’un renouveau ou même d’un simple rétablissement. Par ailleurs, les recettes des taxes locales de la « East Side » sont les plus faibles de Buffalo. Pour certains esprits pragmatiques, il pourrait sembler préférable de laisser la population diminuer afin de réduire également le coût des services publics dans le district (suppression des lignes de bus ou encore diminution de la collecte des ordures par exemple) et de déléguer sa gestion aux nombreuses « Churches » (églises ou communautés religieuses) qui fleurissent sur ce territoire. La ville s’éfface donc peu à peu laissant place à un paysage parfois champêtre et buccolique dominé par des clochets ou parfois complétement ravagé comme si un bombardement avait eu lieu. Ces deux impressions sont les prémices d’un changement, une nouvelle urbanité dont nous avons soumis quelques propositions et orientations à la municipalité.
Après avoir essuyé des refus de la part des élus et promoteurs locaux (dû notamment au climat politique complexe et économique non viable), il était clair que les méthodes conventionnelles de renouvellement urbain ne pouvaient pas répondre à cette problématique dans ce contexte.
Mandatés par l’organisme privé Ben Development (Buffalo Expatriated Network), nous avons fondé terrainsvagues.org comme alternative. Il s’agit d’un groupe de réflexion dont la vocation est d’escorter ces paysages urbains vacants au cours de leur repositionnement. Cette initiative est temporaire ; l’idée étant de laisser aux acteurs locaux le temps de réaliser qu’une action massive est nécessaire. Partant du postulat que les concepts culturels peuvent réussir là où les approches conventionnelles ont échoué, il s’agit d’élaborer des stratégies à faible coût pour gérer de manière créative ces friches urbaines et inspirer de nouvelles visions de développement.
Accompagner la transition d’un paysage pour changer sa perception. Terrains Vagues prévoit un événement inaugural : l’installation de« Model Homes » (référence au maisons modeles présentées par les promoteurs immoblier américains) sur un »block » de rue qui a connu un taux élevé de démolition. Il s’agit de restaurer l’alignement urbain d’origine et la volumétrie de l’environnement bâti d’avant. Fabriqué à partir de maillons de chaîne, les premiers volumes apparaissent comme des vides fantômatiques, qui soulignent l’exode de la population, des habitations et des activités. Au fur et à mesure que la nature reprend possession des lieux et des structures la transition entre l’urbain et le rurale est amorcée et présentée aux résidents.
Cette initiative d’accompagnement pose les fondations d’une approche culturelle plus vaste. Il s’agit d’inviter par la suite d’autres installations et structures crées par des artistes confirmés afin d’établir dans la « East Side » une véritable galerie urbaine à ciel ouvert, une nouvelle destination culturelle pour Buffalo.
La première phase de ce projet est programmée pour le printemps 2012. Dans la continuité de cet événement initiateur, il s’agit de développer une stratégie à plus long terme pour renforcer l’« East Side » de Buffalo (cf. ‘’The B_Void strategy’’). Cette stratégie aux multi-étapes culmine notamment par l’organisation d’un concours international de design paysager urbain. En attendant ces futures échéances, voici quelques liens apréciables présentant d’autres sensibilités et initiatives relatives à la problématique de la vacance.
Ressources
- http://www.terrainsvagues.org/
- Des parcelles à acquérir pour 1 dollar dans l’Est side :http://www.buffalonews.com/city/communities/east-side/article392129.ece
- http://www.americansuburb.com
- http://www.cityfarmer.info
- http://andrewlmoore.com/view_project.php
- http://pushbuffalo.org/
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