Transports dans la galaxie des cartes

Transports dans la galaxie des cartes

Le mois dernier, Libération faisait état dans un article d’Ecrans du concours Check my Map lancé par Benjamin Suchar en réaction à l’interdiction de l’utilisation de la carte RATP au sein de l’application iPhone qu’il avait créé. Le résultat est une myriade de propositions qui permettent de remettre en cause la manière de représenter une carte de transport à destination des usagers.

Régulièrement, des journalistes, designers ou artistes pointent la pauvreté de réalisation des cartes de transport qui non seulement déforment complètement la réalité géographique de la ville en question, mais de plus ne sont pas toujours d’une grande facilité de lecture. Il n’est certainement pas nécessaire de coller directement au tracé réel pour donner à lire correctement son itinéraire, mais un peu d’adaptation permet parfois de s’épargner des changements de train inutiles.

En prenant l’exemple de Londres, on peut comparer trois cartes intéressantes :
1/ Le document officiel, édité par Transport for London, avec cette forme caractéristique de bouteille qui délimite plus ou moins le coeur de la ville. La conception du tracé remonte aux années 30, et son auteur, Harry Beck, peut s’enorgueillir d’avoir créé le modèle de référence pour bien des réseaux dans le monde. Sur le plan ci-dessous il est à peu près impossible de se rendre compte des distances réelles entre les stations, avec des proportions complètement faussées, notamment autour de la City et de la station Bank.

2/ La même carte,mais agrémentée de petits tracés en pointillés qui signalent une distance inférieure à 500 mètres entre deux stations, soit une courte marche parfois plus agréable qu’un changement dans les boyaux du métro. On peut évidemment trouver à y redire. A l’heure du développement durable et des JO de Londres l’été prochain, on aurait préféré une carte correspondant à des trajets en courant, en pédalant, en nageant, bref, un brin plus sportif ! Mais passons et retenons la volonté de donner une information plus riche que le document de base.

3/ Enfin, troisième carte londonienne, un tracé correspondant à la réalité, ou presque, pour être honnête. L’ambition est de donner à lire le territoire dans toute son extension et en positionnant les stations à leur réelle place sur une carte. Ensuite, les tracés des voies sont un peu stylisés pour obtenir des courbes sympas, faiblesse humaine compréhensible face à l’envie d’esthétique…

Et là on se rend compte subitement que la belle et fière bouteille du centre de Londres, telle que visible sur les plans officiels, en prend un sérieux coup ! Elle ressemblerait plus à une bouteille en fin de vie, complètement hébétée après un vendredi arrosé plus que de raison, entendons par là avec la première pinte à 15h30. Une bouteille dont la tête repose sur le trottoir.

Plus sérieusement, et notamment en regardant la deuxième image qui est centrée sur les zones 1 et 2 du réseau, on se rend compte que les distances parcourues sont autrement plus importantes et que d’énormes espaces “blancs” perdurent. Alors évidemment, on peut objecter qu’une des lignes (Overground, en orange sur le plan officiel) est manquante sur cette carte, et que le réseau des trains est assez dense, mais tout de même, cette visualisation a le mérite de montrer une autre approche de l’aménagement du territoire londonien et de la desserte de son territoire.

La limite de ce type de représentation réside évidemment dans son ergonomie. Et là, à part sur un grand écran, il est compliqué de consulter son plan “réel” de métro. Sur un écran de téléphone encore moins.

Si la réalisation de cartes officielles ne suffit pas à donner une représentation fiable des distances pour optimiser ses déplacements, et si une représentation proche de la réalité ne permet pas un usage simple des plans, que reste-t-il ? Des options de calculs, sur le net ou via des applications dédiées sur les smartphones, comme les sites officiels ou encore Isokron qui propose une visualisation en couleurs de vos temps de déplacement, ou Tube Hack qui propose des services comparables.

Cependant, et tant qu’à ne pas avoir de système parfait, autant verser dans la création pure et partir vers des destinées inconnues avec des cartes purement personnelles, mais donnant toujours une information précise. En voici un exemple, avec l’agence coréenne Zero Per Zero qui propose une approche originale des plans de métro et des réseaux ferroviaires.

Un brin de romantisme pour des balades qui n’en finissent plus et des échanges qui s’emballent. Et quand vous aurez exploité tous les réseaux possibles, n’hésitez pas à sauter le pas pour vous lancer dans la galaxie ferroviaire européenne, en mode carte ou en mode planète. Au moins l’envie de voyager est là !

Finalement, tant qu’à produire des cartes de métro toujours plus formatées pour en faciliter la lecture, les agences de transport et les offices de tourisme seraient bien inspirés de faire appel à ces artistes et designers pour produire des plans attractifs et renforcer leur image de “cité créative”, si souvent revendiquée ces dernières années dans la compétition entre les territoires.

Sélection de liens pour aller plus loin :
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/06/13/metro-le-plan-etait-presque-parfait/
http://tubehack.co.uk/
http://www.checkmymap.fr/
http://www.ecrans.fr/Concours-de-plans-de-metro,13593.html
http://rodcorp.typepad.com/photos/art_2003/tube_walklines_final_lm.html
http://rodcorp.typepad.com/rodcorp/2003/10/london_tube_map.html
http://ni.chol.as/media/sillytube.html


2 Commentaires


  1. A noter pour la carte de Londres, il y a une alternative, un « juste milieu » en quelque sorte : http://www.london-tubemap.com/

    • Oh ! Je ne l’avais pas vu, ce site. Pourtant facile à trouver vu son nom. Effectivement il s’agit d’un bel exercice de lisibilité, avec d’intéressantes déclinaisons. Merci.

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