Viens chez moi, j'habite dans un conteneur

Viens chez moi, j’habite dans un conteneur

Qui suis-je : je mesure 6 m de long, 2.33 m de large et 2.38 m de large pour un poids de 2,2 tonnes et un volume utile de 33,2 m³ ?
Réponse : je suis un conteneur maritime Standard 20’ pouvant transporter 22 tonnes de marchandises pour un coût d’achat d’environ 1.700 €. Ma durée de vie de 15 ans m’aura permis de parcourir des milliers voire des millions de kilomètres à travers océans, mers, fleuves, rivières, routes et voies de chemin de fer.

Inventé en 1956 par Malcolm McLean, un transporteur routier américain, j’ai depuis cette date été fabriqué à des millions d’exemplaires afin de répondre à la demande toujours croissante de biens manufacturés majoritairement produits en Asie et acheminés vers l’Europe et les Etats-Unis. Aussi, chaque année, nous sommes nombreux à nous retrouver à quai quand nous ne pouvons plus assurer notre fonction première. Débute alors notre seconde vie.

Au tournant des années 2000, des artistes et des architectes ont ainsi commencé à réfléchir à des modes de réutilisations de ces caissons métalliques qui présentent de nombreuses qualités : Faiblesse du coût de production, forte résistance, facilité de transport et d’empilement, adaptabilité importante. En bref, même définitivement à quai, le container a encore le vent en poupe.

De nombreux projets ont ainsi vu le jour. En premier lieu, à la manière des constructions préfabriquées des années 60, les conteneurs ont été réutilisés pour bâtir des cités universitaires plus ou moins provisoires afin de répondre à la demande spécifique du logement étudiant en Hollande ou au Royaume-Uni, deux pays traditionnellement tournés vers la mer. Les Container Cities I et II de Nicholas Lacey à Londres sont un autre exemple de réponse au déficit de petits logements : Au total, 37 studios ont ainsi été aménagés en 12 jours d’assemblage.

Cette solution a également été employée pour réaliser la Résidence A Docks en France, au Havre. Construite en un temps record selon les plans de l’architecte italien Alberto Cattani, cette cité U est constituée de 100 studios équipés de 25 m². Réalisé à proximité du port, l’ensemble permet de fournir des logements de qualité à des prix au mètre carré (280€ mensuels), bien inférieurs aux logements en location privée.

Toutefois, on peut s’interroger au sujet du coût de construction de l’opération, comparable à celui d’une opération classique. La réutilisation de matériaux de récupération devrait permettre de réduire le coût final. On peut donc penser que c’est la rapidité d’assemblage qui a un coût. Car une construction en béton ou en bois est plus longue à réaliser qu’un meccano géant mais la durée de vie est certainement supérieure à celle de conteneurs recyclés ? Espérons que ce soit l’innovation qui représente un coût important et qu’une réalisation a une échelle plus large permettra de réduire le coût unitaire des logements étudiants afin de faire résoudre leur pénurie.

Cette réalisation a en tout cas fait des émules, jusque dans le clergé de Dunkerque, qui a confié la création de la Chapelle Saint-André des Marins à l’architecte Jerôme Soissons. Ce dernier a ainsi empilé trois conteneurs à la verticale pour créer le clocher et en a accolé deux autres pour former la salle de prière. Ici, pas de croisée d’ogive ou de clef de voûte, mais des rivets et des linteaux métalliques pour tout détail architectural, ce qui ne semble pas déplaire aux fidèles.

Autre réutilisation, celle opérée par Freitag, la marque spécialiste du recyclage tant aimée des bobos, prêts à acheter des sacs réalisés à partir de bâches de camions pour 100 € en moyenne. Poussant la logique de la réutilisation, l’entreprise a ainsi choisi d’implanter une boutique répartie dans 15 conteneurs à Zurich. Le terrain disponible ayant une superficie très réduite, la surface commerciale occupe 4 conteneurs de large et en atteint 9 en hauteur. L’ensemble est installé à proximité de deux axes majeurs de circulation, offrant ainsi une visibilité maximale pour la marque. Mais cela ne semble pas du goût de tous, certains mettant en cause la solidité de l’ensemble :

D’autres concepteurs utilisent des conteneurs neufs pour réaliser des maisons individuelles de grande superficie mais à coût réduit. C’est par exemple le cas des architectes américains Leger Wanaselja ou Adam Kalkin qui mèlent béton, bois, structures métalliques et conteneurs pour créer de nouvelles formes d’habitat. Enfin, des architectes d’intérieurs utilisent également les conteneurs pour créer des bureaux fermés au sein d’open space.

L’équipe de MVRDV, a qui l’on doit les fameuses maisons du quartier durable de Borneo à Amsterdam, a conçu un immeuble de 165 appartements répartis autour de patios, juchés sur des pilotis au dessus de l’eau. On pourrait presque imaginé que chaque appartement pourrait être transporté par bateau vers une autre unité de ce type à travers le monde…

Les utilisations du conteneur sont donc à la mode. Dans le monde actuel, dominé par l’import-export longue distance et parallèlement préoccupé par les questions environnementales, il y a fort à parier que la boite métallique va durablement marquer le langage architectural des années à venir. Il faudra donc veiller à la prendre en considération lors de l’écriture des documents d’urbanisme.

Pour les curieux, les sites ci-dessous constituent des bases de données des différents projets de création fondés sur la réutilisation de containers à travers le monde :
http://www.fabprefab.com/fabfiles/containerbayhome.htm
http://containerbydorf.blogspot.com/
http://firmitas.org/
Habiter Autrement


3 Commentaires


  1. Petite précision malgré l’ancienneté de l’article, la Cité des Docks – d’ailleurs nommée Résidence A Docks – ne se situe pas à Brest mais au Havre 😉

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